
Force ni que rage. Extrait du Journal au 3 mars 2026 :
« Capucine, la nouvelle femme de Pierre S., brigue la mairie de Nouans. […] Fête nationale bulgare. Au parc historique d’à côté – une sorte de Puy-du-Fou – une foule vient applaudir des combattants de toutes les époques, musique à fond, les hommes en jogging, les femmes en fausse fourrure mais les drapeaux partout ce qui, vu la gueule des mecs, devient un peu inquiétant. Ne nous attardons pas. […] M’étonnerais toujours – hier chez Gracq, par exemple, aujourd’hui en lisant le journal de J. Orsoni – que la fascination pour Rome m’ait à ce point épargné. M’en sens parfois coupable. Y ai vaguement mis un pied, une fois, pour dormir sur un banc de la gare centrale avec Jean et me souviens, en tout et pour tout, d’une pub Benetton. Athènes, pareil. L’étude interminable de ces langues de pierre s’est faite sans aucune considération de réalité historique ou géographique – sinon celle, parasitaire, de la montagne Sainte-Geneviève, des allées du Luxembourg où toutes ces belles phrases se ressassaient entre dix-huit et vingt-quatre ans. Les villes qui suscitent la rêverie : le Caire, Sarajevo, Chisinau, Vladivostok. […] Signé les contrats A.-S. M’autorise une cigarette. Travaillé aux Armes, vigoureusement, pour me changer les idées. […] Julien B. m’envoie son étude sur le stoïcisme et le mal. […] Rome, toujours. Pas sans puissance sur l’aventure intérieure, bien sûr ; mais pas comme le croient les Tour-Operators. Les langues sont des pays en soi, les villes ne font que s’accrocher à leur jambe, avec leurs plats typiques et leurs détails vestimentaires, et les ralentir dans la pensée. Ce qu’on demande à une culture, c’est d’abord de nous montrer par quels chemins elle parvient à formuler un universel ; par quels chemins cette langue s’impose, parfois sur un mot seulement, comme la mienne seule, au point que sommes, sur ce mot-là, miraculeusement nous ; de là, par balancement, qu’elle nous étrange de nous-même etc. Le reste, du folklore. Goûters en toge. Musées. Magnets. […] Au bord du ruisseau, buvant aux retenues qu’imposent les décharges sauvages, des chevaux en liberté, magnifiques. Leur présence rayonne dans mon imaginaire de la steppe bulgare ; mais pas une fois ne verrai quelqu’un les monter. Les bergers, à la place, se traînent sur des voiturettes électriques, le modèle qu’on voit pour les obèses, en Floride ; et d’où, l’alcool aidant ou seulement la fatigue, on les voit parfois tomber dans les virages. Très Bardeligne. »
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