Journal d'Anton B.

Mercredi 29 octobre 2025, 23h32

Avant l’orage. Extrait du Journal au 29 octobre 2025:

« Ce matin des explosions dans le nord-ouest, qui remontent la vallée sans émouvoir personne. Il n’y a rien, pourtant, par là-bas ; vérifie sur la carte. Des bangs supersoniques ? […] Dans la grange, en finissant le Popescu de Mathieu, impression foudroyante d’être à ma place c’est-à-dire, dans la boucle temporelle, de retrouver l’encoche. Les petits jouent dans la terre-poussière, la martèlent ou la hachent selon l’outil qui leur vient sous la main puis, lassés, remuent des vieilles ferrailles ; trouvent des clous tordus pour graver leurs noms sur une brique de ciporex. L’enfance telle que la vécus. Puis Musil, un peu parce que lecture de nuit ; puis ouvert enfin Ghérasim Luca (« un métapeu de métatout ») à qui pour mille raisons explicables je prête le visage, la voix de Laurent B., à Douarn. […] Marche dans les collines, cette fois vers l’antenne. Six chevreuils nous partent sous le nez. Le paysage, de là-haut, aussi lisible qu’une maquette : le velours froissé des collines transylvaines puis la plaine de l’Olt puis les Carpates, ce mur au fond du jardin. La compréhension soudaine, à certaine hauteur, de la géographie fait douter, d’abord, de sa réalité – fait chercher quelle illusion plus vaste encore l’englobe. Sur le coteau d’en face un berger dirige son troupeau au klaxon ; deux tracteurs, aussi, sur des parcelles miniatures, la terre pétrole, anthracite, cœur-de-pneu. Les corbeaux, que notre goûter au sommet déloge, nous tournent autour, inquiètent E. ; mais ce sont les chiens, sur le retour, qui nous forceront de sauter la barrière électrique, de jeter les enfants dans les épines. Là que la nuit nous surprend. Les petits très courageux. […] Mail de Grégory R. et, en même temps, de Guillaume S. : deux qui ne se connaissent pas, écrivains salués par la critique mais à mille kilomètres l’un de l’autre, la prose vs la poésie etc., or ce sont, à deux minutes près, par ces chemins que tout oppose, les mêmes mots, la même colère. […] Un feu de tonte devant la maison de l’angle. Le vent rabat la fumée dans la rue. Pas âme qui vive. […] Mon neveu rentre chez lui aujourd’hui. […] Passé le Magicien d’Oz aux enfants, qui ont eu peur. […] Depuis notre arrivée à Calbor, vie intérieure très pauvre. Les idées se sont détachées des choses. Décapite des chardons, juste pour le bruit. Les formes et les couleurs. Allégories de rien. Le désir très vif de prospecter dans les labours avec la poêle à frire, comme avant. »

3 réponses à « Mercredi 29 octobre 2025, 23h32 »

  1. Avatar de latitudedelame

    A Istanbul on vend des vilaines copies de petits sous rouillés au vinaigre pour 70USD. Il n’y a plus d’esprit de conquête, que veux-tu. Bon, il sort quand ton prochain bouquin au lieu de geindre ?

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    1. Avatar de Anton B.

      Pourquoi, y a rien à la télé?

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      1. Avatar de
        Anonyme

        Ma coach en dev’ perso m’a dit d’arrêter Netflix. Paraît que c’est pas fengshui.

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