Journal d'Anton B.

Mardi 28 octobre 2025, 18h44

Avant l’orage. Extrait du Journal au 28 octobre 2025:

« Croisé, hier, en sortant de la station d’essence, un convoi de porte-chars de l’armée française, tout crotté, escorté par la gendarmerie. Les remorques étaient vides. […] Dans la lande, hier encore, une caravane isolée, entourée de ce que prends, à un km de là, pour une cage de Faraday. Très X-filesque. Une citerne plantée sur un poteau. Une voiture rouge, l’air de marcher. Naturel que ces vallées perdues, cul-de-sac d’obédience incertaine, margeant dans un flou très entretenu des empires depuis longtemps renversés, aient concentré les singuliers d’iceux comme la rivière du lit les pièces de monnaie. On est forcé, dans ces collines, de s’inventer des lois, des dieux, des noms pour les choses. Ajoute que le crane de sus scrofa a subi, post mortem, une trépanation maladroite, au marteau, dans le dur du frontal. The truth… […] Le propriétaire débarque. Né au village, sa mère au bout de la rue mais s’exprime dans un français très correct ; a travaillé à Aix, pour Eurocopter. Passionné d’histoire locale ; disserte sur les raisons qui firent s’établir les Saxons dans telle vallée, pas dans une autre ; puis sur la valeur des menuisiers saxons, dont la réputation se maintint jusqu’à 1989, alors la plupart partirent en Allemagne. Il cherche, dans les brocantes, des bahuts d’origine, ceux que les antiquaires italiens n’ont pas pillés en 89 toujours. 89, encore, qui a fait fermer les deux usines du pays, du jour au lendemain 30 000 chômeurs, d’où l’abandon. […] Envoyé le dossier de résident. Ne comprends pas la plupart des questions ; je bricole un CV vite fait qui ne trompera personne mais quoi, ça ou rien. E. fait observer qu’aucune des lettres de motivation qu’ai rédigées dans ma vie n’a fonctionné : sans exception. Ne m’ont pas pris à Gibert ; même au McDo c’est Timothée qui m’a pistonné. Le calendrier de candidature est peu clair, semble que les termes aient été avancés. Vérifierai de vive voix lundi. […] Longue promenade dans les collines. Croisons, sur le chemin, la vieille folle de la source, qui montre son doigt coupé sanguinolent mais s’adoucit en apercevant les enfants. Marchons dans le bois, face au vent. Un renard sort d’une haie. Sur la colline des vaches noires se détachent sur le crépuscule, loin de tout, comme égarées de la mythologie. Une vache curieuse, blanche celle-ci, effraie Elsa ; rions beaucoup. Rentrés à la nuit. »

3 réponses à « Mardi 28 octobre 2025, 18h44 »

  1. Avatar de Laurence M.

    Trop longtemps absente. Je ne vous ai plus lu depuis un moment… il faut que je reprenne à rebours. Vous avez changé de lieu, semble-t-il.

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    1. Avatar de Anton B.

      Heureux de vous retrouver, vous êtes de mon premier cercle. Je ne pensais pas continuer ce Journal, non plus; mais il a pris après l’Egypte une sorte d’autonomie, de sorte qu’il m’est très difficile de faire des pauses. Il ne s’y passe toujours rien, je vous préviens – mais vous le savez.

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      1. Avatar de
        Anonyme

        Oui, je sais. Mais j’aime votre sens précis de l’observation. Il ne se passe peut-être rien, mais c’est tout le ressenti d’une époque qu’on y lit.

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