Journal d'Anton B.

Samedi 25 octobre 2025, 23h07

Avant l’orage. Extrait du Journal au 25 octobre 2025:

« Lu hier jusqu’à une heure, dans l’espoir de m’endormir aussitôt ; mais les chiens, dans la campagne alentours, sont comme fous, ils saluent le passage d’une grosse bête dans le sillon de la rivière, que je suis de l’oreille, un brin inquiet parce que n’ai pas fermé la grange. Un ours ? demandera E. au matin. […] Le matin à mon bureau, à finir avec un mois de retard la correction pour Ch. de Françoise aux Merveilles, mais il fait soleil et les enfants s’ennuient ; leur construis des épées, un bouclier, un château avec des palettes. Elsa fait cuire du riz : tout ce qui reste. […] De ma sœur toujours rien. […] A Făgăraș. Me gare le long des douves de la citadelle, que gardent deux cygnes blancs, deux noirs. Les remparts et le petit musée municipal : des dentelles, des carreaux de faïence, des livres de messe et des règlements scolaires. Le gardien impose les sur-chaussures. Quelques armes, pourtant, pour réveiller l’intérêt des petits ; et dans la cour une fontaine où flottent des billets – la leu utilise une sorte de papier plastique, très semblable aux billets spécimen des dînettes mais qui tient très bien l’eau. Marchons dans la ville déserte, écrasée par la chaîne des Carpates comme la crête d’un tsunami – Moustafa, à qui j’envoie une photo, croit à une image IA. Ville étrange, à vrai dire, avant-poste austro-hongrois face aux Ottomans, que l’effondrement des deux empires et l’abandon de la frontière naturelle, quoi qu’en disent les dépliants, condamnent à un déclin rapide. Rien ici, désormais, qui n’évoque ces montagnes, pas un randonneur, pas une affaire de ski : une Aygues-Mortes boudant la mer pour se convaincre que ce n’est pas la mer qui. Au marché, entre les stands vides, pléthore de petits bazars dits Universels ou Chinois (lingerie, bijoux, gifts) ; mais rien à manger que des brouettes de choux verts, que surveillent des adolescentes en pyjama. E. sur la défensive, retrouvant les alertes de son enfance dans les barres. La poste du centre a fermé. Le garçon du café, un Turc, ne comprend que l’anglais ; il pose, par habitude, un cendrier devant les petits. Les courses dans un Kaufmann assez misérable, où le montant de notre caddie (ai pris des côtelettes d’agneau) fait taire soudain toute la queue. J. casse un bocal de compote. Dînons dès que rentrés. […] Et je chercherai, la nuit venue, dans ces montagnes, en vain, le moindre feu. Entre les vertes collines du nord et la plaine valaque, une bande vide de cinquante kilomètres de large. Il dut pousser, dans les garnisons d’ici, des officiers poètes, des lieutenants saturniens, des Drogo à ne plus savoir qu’en faire – dont le retour à Vienne souffla sur les Hasbourg la mélancolie qui devait les emporter. »

Une réponse à « Samedi 25 octobre 2025, 23h07 »

  1. Avatar de
    Anonyme

    Dont le retour à Vienne

    Souffla sur les Habsbourg

    La mélancolie qui devait les emporter.

    (triste et magnifique !)

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