Journal d'Anton B.

Dimanche 12 octobre 2025, 19h32

Frustra ferro diverbere umbras. Extrait du Journal au 12 octobre 2025:

« Reçu hier mauvais mail. A désespérer. Couché après dîner, avant Elsa. Rêves fiévreux, dont celui-ci : dois me battre contre un dragon, qui descend sur le lac où sommes en tuant tout le monde. Y parviens finalement mais sur le mur qui sépare le jardin de mes grands-parents de la forêt. Lui coupe la tête qui roule dans les orties et dégonfle comme un ballon. Vais chercher la tronçonneuse pour éviter que les membres lui repoussent mais mon père refuse de me la prêter, il en a besoin pour débiter les arbres que la bête a abattus sur son passage. Si je veux, reste la scie à deux mains. […] Le plombier, hier, de 11h à 20h. Le proprio de la regarder faire, mutique, sans même cligner de l’œil. A 20h éclatent de rire puis, avant de décarrer, lancent en français un Bon appétit. […] L’école allemande s’appelle Fridolin. Le relis deux fois sans y croire. Ne l’avais entendu, jusque-là, que de la bouche de mon grand-père. […] Marathon ce dimanche dans Bucarest, « City of Joy ». Mon ironie ne doit rien à quelque ridicule supériorité d’observateur mais à l’accumulation, ces derniers jours, d’échecs personnels, qui me fait applaudir mollement les Kényans de bakélite que la folie du temps fait tourner sur la plaine valaque et qui, et que, et dont. […] Au café ce matin. Un clodo sous la galerie replie longuement sa couverture, coin quart de coin pointes retournées, avec une méticulosité de maréchal des logis. Temps gris et froid. Retourne à mes notes mais un pet sonore : le gars compisse généreusement l’endroit où il vient de passer la nuit. Le café lui-même, désert. M. ne s’y présente pas, tant mieux sans doute mais Ch., charitablement. Parlons du mail d’hier, qu’il lit tout autrement. […] L’après-midi au Cismigiu avec E. et les petits. Louons une barque sur le lac, rions beaucoup. Un café au kiosque avec E. pendant que les petits explorent les pelouses ; débattons de ce contrat qui tarde, mais S. tombe de la tyrolienne, d’où interruption. Rentrons par le tram. […] Le visage des gens, une solidification accidentelle de leur pensée au contact du grand air ; d’où l’espèce de frisson qui continue de les parcourir, qui diminue avec l’âge et dont rien ne reste, au soir de leur vie, que des plis amidonnés. Il ne tient à rien que cette surface ait retenu, en figeant, telle idée ou telle autre ; mais la loi des idées veut que ce que l’heureuse élue gagne en étendue, elle le perde en profondeur. Solidification : oh, à peine, si fine et si instable, en vrai l’âge n’y change rien, densité complètement illusoire, et qui s’enroulerait sur mon doigt si les touchais au front – comme une peau de lait autour de la cuiller. »

2 réponses à « Dimanche 12 octobre 2025, 19h32 »

  1. Avatar de
    Anonyme

    C’est magnifique !
    « Le visage des gens, une solidification accidentelle de leur pensée au contact du grand air ; d’où l’espèce de frisson qui continue de les parcourir, qui diminue avec l’âge et dont rien ne reste, au soir de leur vie, que des plis amidonnés. Il ne tient à rien que cette surface ait retenu, en figeant, telle idée ou telle autre ; mais la loi des idées veut que ce que l’heureuse élue gagne en étendue, elle le perde en profondeur. Solidification : oh, à peine, si fine et si instable, en vrai l’âge n’y change rien, densité complètement illusoire, et qui s’enroulerait sur mon doigt si les touchais au front – comme une peau de lait autour de la cuiller. »

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  2. Avatar de
    Anonyme

    Merci !

    Luc (ne sais pas comment me connecter, suis abonné mais ne me reconnaît pas le bougre)

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