Journal d'Anton B.

Lundi 7 avril 2025, 22h51

Points de bascule. Extrait du Journal au 7 avril 2025:

« A Otopeni pour trois heures du matin. Froid très vif. Sur la route un fou, il essaie d’arrêter une voiture de flic, qui l’ignore. Prolifération des fous ; ou plutôt, sous les radars de la médecine, la prolifération des rêves mauvais, ceux qui vous jettent soudain un brave type hors de son lit au milieu de la nuit, qui leur font braver la pluie en pantalon de pyjama, la gueule bavant leur colère contre toute la Création. […] Air France remplace le ‘Chers voyageurs’ par ‘Chers clients’. La dévaluation subséquente de dignité n’en est pas tant une que le transfert d’une juridiction à l’autre : le voyage du Voyageur sollicitait, sous la protection des dieux, les impérieux devoirs de la xénia ; le trajet du Client relève, au contraire, dans les limites de clauses toujours en petits caractères, tout au plus de la prestation. L’avion s’assumera désormais comme simple vecteur, sans l’idée d’une quête ni d’une errance qui lui faisait, depuis Mermoz, une ombre charmante. Le mot ‘fidélité’ a disparu de leurs remerciements, à la place un programme de points. En saurais presque gré aux publicitaires de ce rare scrupule d’honnêteté. […] A Paris à 9h, Bordeaux à 14. Un tour sous les platanes des Quinconces, très belles c’est vrai – y cherche, sans trop y croire, mon frère Théo, mais peut-être samedi. Un clochard nourrit une mésange. Altercation entre cyclistes. L’hôtel miteux, c’est vrai, un bouge pour amours clandestines, dont l’empreinte se lit encore sur les draps. Le veilleur de nuit, avec qui partage une cigarette, avoue venir y travailler ‘la boule au ventre’ – sa fille, enceinte, a dû partir, elle faisait tout ici, depuis tout part à vau-l’eau. Mais ne suis pas sans trouver du charme à ces escales ratées, ces nuits de représentant de commerce, dans ces auberges aux trois quarts vides où ledit veilleur jette des plats intacts d’un séminaire d’entreprise annulé au tout dernier moment. […] La fille de la table d’à côté :  »Elle a un cabinet parce qu’elle fait aussi les humain. » […] 7 avril 2004, devant La Bruyère, 18h. […] La lumière tombe sur mon manteau noir, sur la chaise où je l’ai jeté. Les murs crème dorent, leur seule vertu ; blanchissent aux coins, comme du Hopper. […] Nouvelles de Riga : Madara a démissionné. Ne sais rien encore des circonstances ; il se peut que ce soit une bonne chose. C’est une femme qu’appelle un grand destin. »

Une réponse à « Lundi 7 avril 2025, 22h51 »

  1. Avatar de candidpaperdf00250347
    candidpaperdf00250347

    Times, they are changing…

    Si le mot fidélité est remplacé par un programme de point, on ne s’étonne plus de voir un fou envisager calmement de faire d’ un champ de ruines, jonché de cadavres et d’enfants mutilés, une Riviera bankable.. …

    Les rapaces obscurcissent le ciel…

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