Journal d'Anton B.

Mardi 7 avril 2026, 20h58

Force ni que rage. Extrait du Journal au mardi 7 avril 2026 :

« En bus ce matin mais c’est à tort que j’ai pressé les enfants, il est trop tôt, le bus est vide. Les petits assommés. E. toujours pas remise. Traversons des journées pénibles. […] L’après-midi à la faculté de droit, où chaperonnons avec Julien douze candidats pour le concours d’éloquence. Arrivons tôt, encore; la salle est vide, une jeune homme en costume bleu, très timide, parvient à articuler que sommes au bon endroit mais que… Le reste inaudible. En revenant après dix minutes, bondée. Les discours brefs mais sans oublier personne. Les organisateurs, très sympathiques, efficaces, assez jeunes – plus tard échangerons quelques mots: l’un vit ici depuis dix ans, a demandé la nationalité, l’autre voyage avec ses enfants, fait trois ou quatre ans puis zou. Le doyen aux machoires saillantes, atterri d’Aix-Marseille. Le juriste en noeud papillon. La dame de l’Institut. L’attaché de l’attaché qui lui-même etc. Debattront, deux heures durant, de la colonisation de mars mais c’est une journée de printemps dans la bibliothèque du premier et malgré les Codes Justinien sous vitrine, malgré LUX et LEX encadrant l’estrade, les regards se portent vers l’extérieur, la sève travaille les corps. Un ATER monte sur un fauteuil pour ouvrir la fenêtre – elle donne, je m’en rends compte, sur le cul du Cicéron de plâtre qui, sur la façade, entre Lycurge et Papinien, veille sur l’avenir du droit roumain. […] Ce besoin, chez les interlocuteurs les plus cultivés, qu’horizon soit un féminin. M’intéresse, aussi, la confusion puis l’identification progressive des paronymes, quel que soit l’abîme sémantique: relever et révéler, le clone et le colon ici, puis en roumain: munca et mânca. […] Il devait arriver que le verbe Coloniser soulevât le tourbillon de poussière qu’on lui connaît. Sommes à Bucarest en 2026 mais bientôt, d’un orateur à l’autre, l’Algérie, l’Algérie, l’Algérie. Ou aurais-je l’oreille dressée? […] Quelques mots avec Julien en remontant par le parc. Lumière oblique. Lui raconte ce que signifie, pour moi, le 7 avril à 18h. Un mot, aussi, de Nadia El Dib, sans doute qu’il s’en fiche mais je voulais prononcer ce nom à haute voix. Croisons Mathieu. […] Ces paronymes semblent, en fait, se rassembler si naturellement qu’on ne peut s’empêcher de penser qu’ils se cherchent depuis des siècles, et on en tiendrait presque rigueur aux savants démentis des étymologistes. Noé s’est presque noyé. Le nihilisme de Nietzsche (nichts), la tromperie trumpiste etc. »


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