
Force ni que rage. Extrait du Journal au jeudi 2 avril 2026 :
« 700ème page de ce Journal. M’étais dit: une expérience sur dix ans. Plus que quatre. […] Du monde dans le 205, ce matin, d’ordinaire à cette hauteur il est vide. Puis l’avance anormalement rapide, record. Au changement, à la gare de B., c’est dans le 148 que montons, pour la première fois. A l’école où déposons les enfants, pas un chat, il est 8h pourtant; et le pompier que j’arrête pour poser la question (“E ceva astazi la scoala?”) me jette un regard interloqué. Au soir, pareil: les gamins de la maternelle pas sortis à 15h20 mais, à la place, la primaire. Au moins deux instits que je n’ai jamais vus et l’un d’entre eux me salue, presque me tape dans le dos. La conspiration du réel a révisé son script, procède à des adaptations. […] Interpelle la salle, sur la participation aux objets dont parle Sedar Senghor: qui s’est ému du rasage du petit bois par les caterpillars, sous nos yeux? Personne. Mais ils ne m’écoutent pas, ils regardent les photos de Marc Garanger, visiblement ébranlés par ces femmes-là – me souviens d’avoir tiré cet album au hasard, dans la bibliothèque de Pierre et Catherine, à Versailles, en 2004, même âge qu’eux, et toujours y pensant. […] De Jean pas de réponse. J’aimerais qu’il se décide. Le harcelerai. […] Déjeuné avec Alexandre N., qui me parle de Xavier, à Riga, que nous tenons tous deux en haute estime. Se reverront cet automne, en Espagne. […] La pluie sans discontinuer. Sors fumer. Le vent défait les drapeaux alourdis – le rouge, d’abord, dans les deux cas. […] Travaillé dans le petit bureau mais pas l’esprit bien clair et, surtout, sans arrêt des sollicitations. Donne mes deux heures, au soir, dans un calme relatif. La soirée au cinéma, Ma Nuit chez Maud. Trop tard dans ma vie pour profiter de la substance, les choix déjà faits et, comme le glissait H.D., les ramifications derrière nous. Ramène Anna. Croise, sur le parking, le chat noir, Noailles, que pensais avoir tué la semaine dernière. Immense soulagement. […] Quatre appels de Jean. »
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