
Force ni que rage. Extrait du Journal au 17 mars 2026 :
« La journée sur le plateau de Baneasa. Tâche de prendre les problèmes l’un après l’autre. Une nouvelle est tombée dont je ne saurai jamais rien mais les autres vont et viennent, très nerveux ; organisent visiblement une riposte mais, observe E., la faute peut-être à ce Journal, le silence quand j’entre dans la pièce. […] Sur les panneaux d’affichage numérique cette campagne énigmatique, financée par la mairie du Secteur I : Les Enfants sont notre avenir. Ces mêmes panneaux, loués par des partis politiques, servent d’ordinaire à colporter des nouvelles qu’on jurerait tomber tout droit des années 30 : un complot maçonnique, des ingérences étrangères, des cabales de pédophiles et, entre chaque, une réclame pour les casinos online dont S., à ma grande stupéfaction, connaît déjà tous les noms (Winner, Onebet, 888, Casino-Hôtel etc.) […] Les bulldozers ont enlevé la butte de terre dans la cour de l’école de gendarmerie. La forme que ça laisse accroche l’œil. Au milieu, déjà, un poteau, une caméra de surveillance. […] E. a acheté le matelas de J., un grand ; la caissière d’Ikea lui a donné les vis qui nous manquaient. Le ramène en voiture. Dormiront ce soir, pour la première fois, sur le lit en hauteur. Mais je dois gronder, presque à tout gâcher, après le petit garçon qui joue à agacer sa sœur. On n’en sort pas. […] Vide de l’esprit. Aucune agression pourtant, et rien à faire qui justifie cette fatigue. Une guerre sans ennemi, qu’on perd quand même. […] Dans l’immeuble d’à côté – ou est-ce le même ? – une plaque à la mémoire de Grigore Hagiu : un poète, m’apprend Wikipedia, figure de la résistance anti-communiste, qui mourut asphyxié dans son sommeil avec sa femme en 1985, à cause de son poêle à gaz, dont l’allumage ratait. Puis la Nonciature apostolique, avec ses deux chiens libres sur la pelouse. Puis un restaurant libanais. Puis l’immeuble des livreurs Uber-Eats, les vitres en cartons, les scellées brisées mille fois et, je crois, un guetteur invisible, qui siffle très bas chaque fois que je m’attarde devant. »
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