Journal d'Anton B.

Dimanche 15 mars 2026, 23h09

Force ni que rage. Extrait du Journal au 15 mars 2026 :

« Samedi matin avec les petits dans la zone sud-est, pour visiter le hangar où j’avais, l’an passé, trouvé les meubles. Loin et les routes mauvaises ; au hangar du mobilier d’entreprise, décevant, voudrais acheter la grande carte d’Europe mais ils ne la vendent pas. Repars avec deux épées de bois et un cadre. […] Suis resté chez moi vendredi soir. Le bruit, sur le téléphone d’E., des soirées ici et là. […] Le samedi après-midi, en voiture, dans les badlands au sud de la gare de Filaret, où E. m’envoie récupérer le lit superposé qu’elle a achetée à un pris défiant toute concurrence. C’est un quartier gitan, on comprend en arrivant. A l’entrée, deux jeunes gens en moto m’arrêtent et demandent mes raisons ; m’escortent, quand expliquées, jusqu’au lieu prévu pour le deal. Une demi-heure passe. Des curieux saluent. Dans un coin, sous des tapis et des bâches, une 406 immatriculée dans le 95. Arrive le lit : un couple d’une quarante d’années, la grand-mère en peignoir violet, une petite fille qui grignote une chipolata. Le chargeons tant bien que mal dans la trop petite voiture, ce qui ne semble pas les troubler outre-mesure. Y passons un stock de ficelle. Le type, à la fin, sort son briquet et soude les sangles. M’en vais non sans inquiétude, l’assemblage peu convaincant, toute la ville à traverser. Ça tient. Les flics indifférents. Deux tours autour du palais de Ceaucescu, que n’ai pas souvent l’occasion de voir et qui m’a fait louper la bonne. A la maison personne. Au 4ème tant bien que mal. Mais ne le monte qu’avec l’aide d’E., les petits jouant aux marchands de vis. […] Jusqu’à quatre heures du matin à Kyralina. Les oiseaux chantent quand sortons, Clément et moi. Bavardons jusqu’à chez moi, où le taxi l’emporte. De cette soirée-là des souvenirs épars : le récit, par exemple, du voyage à Moscou d’Isabelle, en 1991 (Patricia Kaas, l’Homme-tronc de la Saint-Sylvestre, l’ivresse des Polonais). Mathieu chantant Renaud, Bogdan Le Poinçonneur des Lilas puis Mylène Farmer. Cette fille, dont je ne connais pas le nom, surgissant dans la conversation sur le beau dans l’art pour expliquer l’accointance des verseaux – retrouve aujourd’hui, à peu près la même phrase dans l’article du Monde sur l’astrologie en Roumanie, à croire que. […] La rencontre avec les Gitans : la fascination d’E., qui lui font avaler tous les livres sur le sujet, sans me contaminer tout-à-fait, n’en a pas moins armé une solide curiosité aux détails, la langue en particulier. La vente sur olx voit se toucher deux mondes, obligeant chaque partie à d’importants compromis culturels. J’eusse aimé m’attarder et, naïvement, leur curiosité pas moins amorcée que la mienne, je crois qu’eux aussi. […] Célia au téléphone. Les conseils des potiers-druides-formateurs en abondance l’ont saoulée ; mon tour de. A verser au registre des coïncidences : une amie lui a recommandé Magda C. […] Une publicité géante pour une chaîne de cliniques privés : Unlock more life ! […] La joie des autres. Les gens qui dansent. Comme m’approcher du feu. Mais sans pouvoir y participer vraiment, les bras de plomb, toujours la machine dans la tête. […] Dimanche. Soleil. Bref café sous la galerie, vers 10h. Déjeunons de hamburgers au parc avec les petits. Puis voir Baba aux Collections nationales, avant la clôture, avec Bogdan. Re-café, même endroit qu’au matin mais entre-temps la galerie s’est remplie, les filles ne servent plus qu’au comptoir. Caput mortum. Milou parlant. La chèvre sur le vase iranien. A la table d’à côté un date Tinder qui patauge. […] Le Gitan, hier, prédisait de la neige sous dix jours. »


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