Journal d'Anton B.

Mardi 10 mars 2026, 21h09

Force ni que rage. Extrait du Journal au 10 mars 2026 :

« Demande à Augustin des recharges d’encre pour les stylos mais il n’en reste plus qu’en orange : la faute, s’excuse-t-il, à la guerre là-bas, qui bloque le détroit d’Ormuz or ces cartouches, coûteuses et dont sommes gros consommateurs, sont importées du Japon. […] Une fissure dans le mur au dessus des ordinateurs, me fait remarquer Florian. C’est qu’on creuse, pour le métro, de chaque côté du bâtiment. On peut y passer le bout du doigt. La mesurons du regard sans rien dire. D’autres, au dessus des portes, mais visibles seulement dans la lumière du soir, qui rase. […] « Drum bun Drum bun Toba bate » mais toba, m’apprend Thomas S., désigne aussi le pâté de tête. Le rapport avec le tambour est peu clair ; le geste, j’imagine, de tasser les abats dans la gélatine. […] « Je suis née les deux pieds emmêlés, les médecins n’en revenaient pas. » « Mon chien est mort. Douze ans. Un AVC. » « Elle était totalement différente dans nos échanges. » « Twenty hours a day and seven days a week. » « Tu m’excuseras je prends toute la place. » […] Journée vide or chaque vide est un plein que j’ignore, et qu’on traverse sans plus de résistance que celle, le matin dans le sous-bois, des fils d’araignée invisibles. Aussi, pareillement, cracher sans raison, se racler la langue sur le col. J’aimerais apprendre à voir ; puis, émerveillé, à dresser des cartes très partielles, très pudiques, à mon seul usage. […] Rentré par le bus mais ça prend longtemps. Passé à Kyralina pour récupérer le numéro des vingt ans du Persil, qu’Elena a gentiment laissé à mon intention. Nuit quand j’arrive. […] Ren-contrer. Soutenir le choc de l’autre, qui ne peut rien, pour être à son tour, qu’arrêter notre mouvement. On va se battre. Chaque fois qu’ai oublié cela – naïveté ou parce que j’entrevoyais une communauté possible sur le mode de la fusion – tout fut biaisé. Affections démonstratives qui sont, en fait, des renoncements à la rencontre, et qui n’ébranlent en rien notre solitude dieucréée. Aussi, je crois comprendre X., qui entretient autour de lui un cercle de vide comme d’autres un parterre fleuri ; ou bien E., sous mes yeux, la citadelle assiégée. […] Déçu de mon comportement de hier soir (café clope, musique militaire, relecture stérile des carnets et puis, tiens, l’église sonne deux heures.) Au moins ne suis-je pas sorti m’en jeter un. Voudrais me sauver de ça. Ce soir, nouvelle chance de n’être pas inférieur à ceux que je méprise. »


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2 réponses à « Mardi 10 mars 2026, 21h09 »

  1. Avatar de ernethdiary

    C’est donc au 10 Mars que je reprends la lecture des carnets – la pesanteur des gestes qui me laisse croire m’être arrêté hier.

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    1. Avatar de Anton B.

      Heureux de vous retrouver. Je fais dix ans puis je m’arrête.

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