
Force ni que rage. Extrait du Journal au 8 mars 2026 :
« Levé tôt. Le soleil tombe sur la verrière du bureau, qui chauffe agréablement mais les yeux se brûlent sur le papier, je vois flou, faut des pauses. Descends au café sous la galerie vers 10h30, pour mettre un point final à la première mouture du premier envoi du Hospodar. Derrière moi deux Françaises ; celle qui parle est allée, hier, dans une soirée mondaine, l’élite du cinéma indépendant bucarestois mais en rentrant s’est perdue. Une dinguerie. En arrivant chez elle, s’est préparé un thé mais la bouilloire sentait le poisson. A fait bouillir la bouilloire dans le vinaigre blanc. Puis la bouilloire sentait le vinaigre. On n’en sort pas. Je vérifie, en rentrant, l’étymologie de dingue mais rien de très probant : la dengue, ou divaguer. […] Mot de M.S., très encourageant. Enfin. […] Appelé Jean pour lui proposer d’illustrer la série du Hospodar. Le prends un peu au dépourvu : une sinusite, la plonge au restaurant, le carrelage de la cuisine ; mais le sujet l’intéresse, la figure du nœud, dont parlons brièvement. […] Le vent a déroulé, un peu, la persienne en bois, côté Est. Un bruit nouveau, pas désagréable. […] Les devoirs de S., pour une fois laborieux. Il faut, pour les maths, se connecter à une plate-forme avec des exercices chronométrés. Je bloque, moi-même, au niveau 3 – une histoire de fraises dans des boîtes. […] Il reste, à la fin du cycle, de l’eau dans la machine. La logistique en tension. Soirée pénible. […] Lassitude des après-midi-au-parc, toujours l’antichambre de quelque-chose que je n’arrive pas à nommer, quelque-chose comme l’éternité de la mort qui s’essaie sur les gens, dont tout ici donne l’avant-goût : la surface du petit lac, les cafés froids, la mélodie du dresseur de perruches, échappé d’un paradis terrifiant. La lumière toujours oblique, peu importe l’heure, c’est le soleil des orphiques, des bandelettes de cuivre, on est dans la prairie aux cyprès, on ne se souvient pas plus du début de nos phrases. Beaucoup de visages très ouvertement travaillés par la décomposition, les mâchoires anguleuses, les joues crevées et bleues et le fard, trois couches, même sur les jeunes femmes, comme j’imagine qu’on les présente à leur famille, dans un cercueil de soie rose, après l’accident sur la départementale pluvieuse. Dernier signe, et pas le moins inquiétant : personne ne regarde plus son portable. C’est donc que la ligne est franchie. »
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