Journal d'Anton B.

Lundi 2 mars 2026, 22h05

Force ni que rage. Extrait du Journal au 2 mars 2026 :

«  A Madara à midi pour voir le cavalier sur la falaise ; j’ignorais, pour être honnête, que la célèbre œuvre d’art se trouvait là, je pensais à une lubie d’E. pour faire rire Mme Merle ; la découvre, à trente mètres de haut, avec grand étonnement. C’est la morte-saison et sommes à peu près les seuls visiteurs. Entreprenons l’ascension de la falaise, pour explorer le plateau : un sous-bois couvert de perce-neige, où le regard sans cesse s’échappe, après la chute magistrale, vers la plaine brumeuse, le bourg de M. avec son virage de train, ses deux églises, ses étables de tôle ondulée et ses cimetières de camions soviétiques. Plus loin encore, d’autres montagnes, les tours de Shumen, un château noir. Pousse seul sur deux kilomètres, en éclaireur, jusqu’aux carrières mais ça nous emmène trop loin, cinq heures déjà que les petits marchent ; demi-tour. Descendons, avant de partir, dans la grotte qui fut un sanctuaire thrace ; m’assois deux minutes sous les buis anciens, sur un banc qui n’est qu’une planche, dans cet amphithéâtre naturel plus grand encore que le Moqattam. Les petits s’éloignent avec E. Des gouttes tombent de la falaise. Pas le lieu ici d’exprimer pareilles émotions mais il y a des dieux, oui, peut-être bien. Que leurs noms soient perdus leur ajoute beaucoup. […] Sans nouvelles de Devnya où j’ai laissé le téléphone. Pourrais peut-être trouver quelqu’un, au lycée, qui téléchargerait ce fichier depuis le poste 55. Appelé X., dans ce but ; mais il est en Bretagne ; Y. skie dans les Carpates, Z. à Bucarest mais visiblement ça l’emmerde.[…] Écoutons, le soir, une fois les enfants couchés, le discours de Macron à l’Île-Longue, devant le poêle brûlant. Mais bientôt j’entends J. pleurer dans son lit, en se retenant ; va savoir ce qu’il aura entendu ou compris. Le console. Ne suis pas sans penser qu’il aura, lui, à faire la guerre, que les signes sont là, que nous vivons les derniers jours d’une période bénie.[…] Reçu contrat Actes-Sud. […] Mail de Magda C. pour son Eurydice; E. le détache à mon attention dans la suite des mails, sachant qu’il me fera plaisir. […] La falaise, à Madara, vibrait une note particulière qu’ai cherchée en vain toute la journée, qui me revient à l’instant : la note du tiroir des cendres quand je le tape contre le robinier, dehors, et qui ne s’éteint qu’au moment que le replonge dans le feu. »


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