Journal d'Anton B.

Vendredi 27 février 2026, 19h34

Force ni que rage. Extrait du Journal au 27 février 2026 :

« Quelques lignes pour réaligner le Journal avec le jour. […] E. lisant m. Petreu : C’est très bien. Ça ressemble à du Benoît-Joseph. […] Aurais aimé dire du mal du Goncourt, que ma mère m’offre souvent à Noël. Mais Mauvignier c’est très bien ; ne l’abandonnerai pas ici, comme le fais d’ordinaire. Comment ne pas admirer, quelle qu’elle soit, ceux qui ont trouvé leur voix. […] Ce qui plaît à Neofit-R. c’est l’absence totale d’intérêt, de pittoresque : une plaine à betteraves, aux grosses mottes, semée d’ordures ménagères microbroyées, de plaquettes de panadol et de canettes de taurine ; si semblable, en fait, à la plaine qui m’a vu naître que me prends, en y allongeant mon ombre le soir, pour l’héritier d’une vieille famille d’ici, que j’y marche en propriétaire, y déplore les pestes, les sécheresses et les mobilisations générales. E. voudrait nous faire visiter tel ou tel endroit mais rend vite les armes. Rêverie sous les lignes HT, à l’horizon l’autoroute de la mer mais la mer, comme à Bailly, pas tous les ans que. Une ligne d’hélicoptères militaires se déplace, à l’ouest, vers le nord. Sur la route, longue phrase poussiéreuse, les camions pavoisés + Christ-Sauveur qui sortent de la carrière. […] D’où la pensée, où le roman de Mauvignier aussi a sa part : ce qui faisait à Maurice, à Roland, à mon père aussi peut-être, ne pas craindre la mort, c’est que leur vie s’inscrivait dans une perspective si longue, la roue des générations, qu’il était absurde et excessivement romantique de la réduire à son petit chemin individuel. Ne suis pas guéri, moi, en adolescent de quarante ans, de l’idée que ma mort soit un grand événement très grave, un solde tout compte, avec tribunal spécialement réuni, le petit film etc. Pourtant mes enfants. […] Hadrien se moque mais il faudrait que j’écrive quelque chose sur Denise. […] Pas peu fier, malgré les années, de montrer aux petits mon petit talent au lancer de couteau – talent de branleur mais j’ai tellement perdu mon temps, dans cette vie. […] E. remonte le muret de pierres sèches, un peu moquée par les vieilles voisines. Va aux courses et à l’eau, à pied, malgré les chiens. Fait cuire les lentilles. Aide les enfants à cuire leur gâteau dans le four du poêle à bois. Se choisit un nom indien : Eau-dormante. »


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