
Force ni que rage. Extrait du Journal au 26 février 2026 :
« Rendu la tantième révision des Atrides. Vois exactement les qualités d’un grand écrivain, que je n’ai pas : une vision, une langue. Une note où se maintenir. Ne devrait pas l’emporter le besoin de faire un livre. Écrire m’aura au moins appris à lire. Aurais dû m’en tenir à la magie très simple de tracer des mots arabes sur les pare-brise givrés : la seule, X. avait raison, qui soit à ma portée. […] Capté France Inter et pour entendre quoi ? Le rectorat de Corse met en place des cours anti-mafia. Ça va palmer. […] Trop froid, vendredi, pour aller à Varna. Joué, au lieu de, à Rahan avec les enfants ; bricole des tomahawks, des arcs, une arbalette. Leur montre comment planter le couteau. Peintures de guerre à la cendre, et feu dans la bassine de fer, au white spirit. […] Marché dans les champs au coucher du soleil. Ramassé des silex médiocres ; puis dans le vieux cimetière, où j’échoue à retrouver des dates – une seule, 1917, qu’une mousse noire rend lisible. Avais dans l’idée qu’y pourrais ramasser un crane humain pour la leçon de chose mais c’est en vain que bats les buissons. Sur le retour, une moitié de carapace de tortue, qu’E. m’oblige de jeter. […] Prends des photos mentales. Les tombes éparses, obliques, dans la pelouse des moutons ; jonchées de gants en plastique, d’emballages de capotes et de flasques de vodka tout en bas de la gamme, la vodka Flirt. Sur une borne d’incendie un masque de Toutankhamon en céramique, cassé et les couleurs passées. Les portraits des morts, beaucoup assez jeunes: 60 ans, 65, 78, quelques-uns plus vénérables mais, comme les visages du Fayoum, toujours leur tête à trente ans : footballeur, soldat, joli-coeur des dancings de Provadia, ouvrier modèle au combinat cimentier de Devnia etc. Leur chien dont la chaîne tombe des treilles, comme pour les pendre ; leur veuve cubique tisonnant des braises dans des lessiveuses ; leur voiture remplie de raccords PVC, de bières vides, de fringues mouillées. Sous l’entrée de la bibliothèque (« Khristo Botev », fondée en 1905) deux vagabonds hagards accrochent le dernier soleil. […] Refuse d’écrire quoi que ce soit, fors les lignes de ce Journal. Lis le travail des autres, qui vaut mieux. Lettré de seconde-main. La balle dans la nuque ou bien, si défaut de dignité, faire des projets, signer des manuels scolaires. »
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