Journal d'Anton B.

Mercredi 25 février 2026, le lendemain

Force ni que rage. Extrait du Journal au 25 février 2026 :

« Mort de Molina et le Monde précise, incrédule : le jour-même où on déclassifie les documents sur le 23-F. […] A Provadia, à 12km, modeste sous-préfecture entourée de casses automobiles, de monster-trucks désossés, pour payer l’internet. La boutique où ça se règle, paradoxalement, n’est pas située sur internet ; on y vend principalement des peluches d’occasion. La jeune femme, aimable, referme son livre sur l’anatomie des chakras pour encaisser mes dix euros ; me montre des photos de ses trois enfants : deux garçons de 8 et 12 ans, une grande fille étudiante en dentaire. Payons un café aux petits dans un petit square, près de l’église. Des vieux en jogging et blouson de moto ramassent des branches tombées, pour le poêle. Le buste verdi du poète local, la bibliothèque repeinte. Les toilettes publiques descendent dans l’abri anti-atomique mais les marronniers les ont remplies de bogues et de feuilles noires. Dans le café, où je commande par geste, trois femmes plus ou moins clientes, la clope au bec, plus ou moins employées mais toutes hypnotisées par le clip sur le téléviseur : un robot vaguement canin qui fait du breakdance. Avec le café de petits proverbes sur des feuilles de cigarette très finement roulées ; mais c’est en bulgare, à peine si je comprends qu’il est question d’eau fraîche (прясна вода). Marchons le long du fleuve que canalise un égout à ciel ouvert, sur les dalles de béton le portrait des grands du pays; reconnais Khristo Botev et Levski mais les dix autres ? Ne remarque qu’en partant les affiches avec les missiles aux couleurs pan-slaves ; les Z tagués blanc sur noir et l’association russophile, au dessus de la boutique où achetons les Mărțișor. […] Travaillé jusqu’à deux heures du matin, le lendemain jeudi jusqu’à seize heures pour rendre ma copie à M. dès vendredi. Les enfants dans le jardin puis s’égayent dans les champs. […] Mail de Mathieu. Message de Julien B., de Julien H., d’Hadrien qui est à Douarn mais n’ose sonner chez Catherine. Au soir, appelé mes parents. […] A 16h sortons dans le village. Cortège de chiens. Le visage des morts sur les affichettes. Deux maisons sur trois s’écroulent, les percent des bosquets de frênes. Sous les plafonds tombés des ruches peintes en bleu. De vieilles Lada cubiques à demi-enterrées dans les potagers, couvertes de feuilles d’artichaut. »


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