
Force ni que rage. Extrait du Journal au 21 février 2026:
« Parti garer la 106 strada Transilvaniei. Passe la tête au Zadar si des connus ; mais personne. Rentre difficilement : la neige fine, soufflée à très haute vitesse et horizontalement mais le mot me manque – du grésil ? Travaille à mon bureau. Dehors, l’apocalypse ; l’immeuble tremble. La circulation interrompue. Le vent courbe l’arbre jusqu’à mes fenêtres, dont redoute qu’elles ne cassent. […] Me réveille tard. Il neige toujours. La tempête a détaché les rideaux dans le bureau, fermé pourtant mais les fenêtres en fer ont des fentes. Sur le téléphone d’E., à trois heures du matin, une alerte à la disparition d’un gosse de douze ans. […] Ai hésité, ce matin, à faire le saut dans le secteur 3 pour la table d’E. Maintenant c’est trop tard : la neige a comblé les interstices entre les autos, aller à pied est difficile et c’est difficilement qu’atteignons, avec les petits, le parc de la rue de Transylvanie. La voiture disparaît sous la neige. Les arbres du parc sont tombés. Un vieil homme dépose au pied de la statue de vieux beignets, pour les oiseaux qui auraient survécu. Je prends, en levant à bout de bras l’appareil, une photo de l’intérieur d’un de ces palais ruinés qui entourent le square ; mais S. ne veut pas qu’on s’attarde, ces grandes maisons lui font peur. Un vin chaud, des chocolats dans un café que trouvons miraculeusement ouvert rue du Général Berthelot, dont je voulais montrer la statue à S., qui lit un livre sur la Grande Guerre et s’étonne que la France et la Roumanie y aient été alliées. […] Les mauvaises nouvelles s’accumulent pour Parmain, autant de coups de couteau pour E. ; elle va, abattue, au milieu de la route, sans répondre à personne. […] Jean au téléphone. Va mieux, s’occupe de sa mère. Ne fréquente plus que Laurent B., qui lui ne fréquente plus personne ; Ludovic vient lui faire le jardin de temps en temps. Il est repassé à Tours, au Serpent Volant, a revu son ami peintre. Viendra peut-être en mai. […] L’odeur dans le café du Général Berthelot réveille aussitôt le souvenir de la maison de mes grands-parents, à Feucherolles : le berger allemand humide, les lourds cendriers de bronze pleins et tièdes, les cadres vides qui s’accumulent au pied des murs ; les poêles en nombre excédentaire qui, plutôt que de chauffer vraiment, parient sur la réduction du volume de la pièce ce qui, le cerveau s’en convainc, ne manque pas de la chauffer un peu. Les serveuses vont et viennent au milieu du bric-à-brac mais pour faire quoi, demande J. ? Car il n’y a personne que nous. »
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