Journal d'Anton B.

Mercredi 18 février 2026, 21h34

Force ni que rage. Extrait du Journal au 18 février 2026:

« Au matin la ville paralysée. Les trottoirs inaccessibles, les passants, au milieu de la route, suivent les ornières des rares voitures à s’être lancées. Sous mes fenêtres un livreur peine à dégager sa twingo, je finis par descendre mais suis pas assez fort, patinons dans la neige noire ; il faudra, pour le sauver enfin, qu’un automobiliste charitable s’arrête, pousse avec moi. […] Message de J. : le camion s’est fait braquer, il s’est fait tirer l’ordinateur, le portable, le passeport etc. Complètement abattu. « Ma bite et mon couteau. Mais j’ai pas de couteau. » […] Sortons aux courses en fin de matinée, une demi-heure pour faire trois cents mètres. Les autos plantées un peu partout. Les concierges de l’Anti-fraude font tomber la neige du toit ; applaudissent à chaque succès. […] Aurélie pour le café. Sortons au Cismigiu. Un Napoléon en neige, dont suis pas peu fier. E. et A. font le tour du parc. La lumière dorée sur les bancs de neige, les enfants s’arrêtent parfois pour la regarder. Les quitte pour passer à Kyralina, un livre à rendre à Mathieu, plus le mot de remerciement de S., pour les fossiles. Discutons, sur le trottoir, des ambitions éditoriales de Kyralina, du texte qu’il vient de recevoir, des perspectives que ça ouvre. […] Un mot de mon frère, pour relire son livre, cet été : aux Arènes, cette fois, où il suit son éditrice. Nouvelles, également, de Kévin : O. a fêté ses dix ans. […] Pas désagréable ce spectacle d’une grande ville soudain immobile ; une capitale, comprend-on, qui n’en était pas une, apparue trop tard, trop au bord de la carte, dans le courant d’air de la plaine valaque ; capitale qui n’a, pour se garantir des Tatares dobruges, que des saints taillés à la serpe, des bacilles de chaude-pisse et les gitans de la gare du Nord. Je passe, en fin d’après-midi, devant les administrations : la neige intacte sous les porches, personne n’est passé depuis ce matin, les bâtiments vides. La dacia des factionnaires noyée dans le slotch, à l’angle – des sous-traitants, interdits d’entrer eux-mêmes. Un drapeau, devant l’institut de métrologie, le vent la nuit dernière l’a jeté dans la flaque ; il y est toujours. »


En savoir plus sur Journal d'Anton B.

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Laisser un commentaire