Journal d'Anton B.

Mardi 17 février 2026, 22h53

Force ni que rage. Extrait du Journal au 17 février 2026:

« La voisine de Banu-Manta, de l’appartement d’en face, m’envoie le CV détaillé de sa fille, qui étudie la finance à Paris et ferait, je comprends, à peu près n’importe quoi. J’ai bien averti de mon peu d’expérience en ce domaine, moi qui ai si peu recherché le travail dans ma vie ; mais elle s’excuse, elle tente le hasard, elle s’accroche à tout : who knows ? Une femme aimable, qu’aurais bien aimé aider pourtant. […] Nuit calme, J. ne s’est pas réveillé. On le gardera quand même à la maison. […] Reçu mail de l’école, classé Important, « Objets possibles dangereux ». On aurait retrouvé dans les poches de certains enfants « des objets pouvant représenter un réel danger pour eux ». Suit la liste infernale : « pièces de monnaie, billes, piles. » Sommes remerciés pour notre « précieuse collaboration. » […] La matinée à mon bureau. Emmène J. pour 12h30 au docteur. La météo s’est dégradée, la voiture peine à traverser jusqu’à Dorobanti. Le docteur très patiente, entourée de stagiaires ; elle s’adresse à J. en anglais mais il panique. C’est mon ventre à moi qu’elle examine d’abord, pour le rassurer. Quand sortons le temps tourne à la neige. Le petit s’endormira dès notre retour. Retourne à mon bureau mais bute sur un passage. Le vent arrache les tôles des toits, les volets, les antennes – en vois passer devant ma fenêtre, à l’horizontale. Les vols de corneilles mantelées incapables de se reformer cantonnent dans les rues comme des réfugiés belges. Du toit d’en face est tombée une très longue multiprise avec, au bout, un cerceau. […] Mesurer, dans les échanges conflictuels, le nombre de mails avant que soit abattue la carte de l’intérêt supérieur de la France. Ran-tan-tan-plan. Aujourd’hui, pour une broutille pourtant, ce stade vite atteint. S’il faut paul-morander, alors paul-morandons. […] E. n’a pas retrouvé son petit coquillage fossile, pour son exposé de demain ; je demande à gauche et à droite si quelqu’un, si jamais. Mathieu, par extraordinaire, possède des dents de requins préhistoriques, une molaire d’herbivore, une ammonite. Les alertes météo se multiplient, au soir l’ambassade décide pour demain la fermeture du lycée. Brave cependant la tempête, malgré les mises en garde d’E., pour rejoindre Mathieu au Pardon, derrière l’Athénée. Le neige en pleine face comme des volées de petits plombs. Mais les fossiles. Au Pardon, Victor et Grégory. »


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