Journal d'Anton B.

Dimanche 15 février 2026, 23h12

Force ni que rage. Extrait du Journal au 15 février 2026:

« Pour cacher les façades ruinées des villas de l’entre-deux-guerres, des publicités immenses pour des soins médicaux que personne ici ne pourra se payer. Sont-ce vraiment des médecins, d’ailleurs ? Celui-là promet une thérapie personnalisée fondée sur notre bilan ADN, celui-là un programme quantique ; un dernier, à l’angle de la rue, vante les pouvoirs des pulsations sous-cutanées. A chaque fois la photo du bonhomme, son sourire plein de dents, un embonpoint léger qui, j’imagine, fait sérieux. […] E. au café sous la galerie pour terminer les A. S’acquitte de sa tâche dans les temps. Taperai demain ses remarques. […] Accompagné S. au cinéma de Baneasa mais je me suis mis en tête de me garer au plus près et me retrouve à patauger dans un champ de boue, trempé de pluie, au cul du mall géant ; un gardien m’aide en déverrouillant un accès de secours. La mère de Nadia avait acheté un billet pour moi et je dois forcer ma nature pour refuser. Les courses au Carrefour, en nage, paniqué, écrasé de musique bête ; surveillé avec suspicion par les vigiles et les démonstratrices. Courses au montant astronomique, que je paie sans la carte fidélité, que j’abandonnerais presque sur le tapis-roulant ; et les sacs crèvent les uns après les autres. Les gens derrière se font signe, secouent discrètement la tête. Des bières se cassent devant la voiture. Récupère S. à 13h30, déjeunons dans un fast-food chinois, qui lui plaît ; elle porte son jean pattes-d’ef, qui la vieillit. […] Message de Guillaume S. mais non, n’y serai pas en septembre. […] Lu le texte de Marine. […] Crémaillère : les Guille-L., les Crozet. Julien B. passe vers 16h, puis Mathieu, Clément. S’en vont après 22h. Mathieu m’a apporté l’exemplaire de Persil ; reçois, au même moment, le mail d’Elena. Discussion sur le caractère indo-européen ou non du géorgien, que personne n’ose trancher. Sur le vau-l’eau du lycée français, qu’observons avec détachement. Sur la Guyane et la Calédonie. Les enfants surexcités s’endorment tard. Mais l’appartement est fondé, le rituel accompli ; cet espace soustrait au chaos, à l’informe. Un autel de bières vides. Ivresse nouvelle car sans tabac. […] Les cartes de la Valachie qu’a ramenées E. m’inspirent quelque chose. Pour Remue ? Pris des notes. »


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