
Force ni que rage. Extrait du Journal au 13 février 2026:
« Dans la donation Cârneci un exemplaire du Jardin de l’Ogre, de Leïla Slimani. Sur la belle page une dédicace de l’auteur, au stylo feutre : un remerciement à Magda « au nom de la poésie », le 26 octobre 2017 puis son adresse : leiladengremont@gmail.com. […] En roumain : nu comme un fusil. […] Appelé trois fois M. Florea mais il est absent et son remplacement refuse d’ouvrir ses tiroirs. A désespérer. Même A., si patiente d’ordinaire, de jurer. […] Sur le plateau rien à dire. Brume épaisse. Les grues tirent du sol des colonnes de béton – les cercles d’ouvriers aux mains vides, qui regardent juste, de plus en plus larges, dépassés peut-être ou bien leur travail est-il de regarder, de se souvenir, de témoigner plus tard. Croisé le regard de Diane dans la cohue. Finis l’énième relecture des Atrides, donné deux heures calmes, mais le visage des autres n’en finit pas moins par s’imprimer sur le mien, leurs yeux cent petits marteaux de feutre, des marteaux de piano, sans faire mal mais à tourner fou. Au déjeuner X. s’étale au sujet des affaires économiques en cours mais sa suffisance creuse, naguère amusante, finit par échauffer. Il ne négociera pas son salaire, c’est contre ses valeurs. Le système, encombré de ses idiots utiles, les broiera avec les autres – l’IA leur turbine d’avance des obituaires. Ceux tout autour, des collègues en grande précarité, ne se fatiguent plus à l’interrompre. Me lève avant les phrases définitives. Un café dans les couloirs, les cent pas. Une femme en rendez-vous, à 15h, très belle ; allusions nombreuses à quelque grand drame familial dont je ne sais rien mais qui lui mouille les yeux par accès. […] Beaucoup ri des mésaventures de Monet, le hamster de Julien B., dont l’hospitalisation le laisse presque sur la paille. […] E. a briqué Banu Manta, vidons le meuble, quelques poubelles et le vélo, que laisserai dans la rue. Goûtons à Adesso mais la musique et l’exiguïté ; et la serveuse a des seins étranges, comme deux serviettes pliées repliées, qui sentent le seigle au moment qu’elle me frôle mais peut-être ça change après. A la maison à 19h. […] Nouveau désherbage à l’institut. E. rapporte des cartes anciennes puis de la poésie chez Fata Morgana : Pierre Voélin (?), non coupé. »
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