
Force ni que rage. Extrait du Journal au 11 février 2026:
« Plus la force, hier, de consigner ce qui doit l’être, et je jette ces quelques notes à 7h30 du matin, dans Banu Manta vide que viennent de quitter les petits, voix basse et pas feutré, tant la disparition des meubles a ressuscité la réverbe. Ai reçu Magda Cârneci au lycée, dans de bonnes conditions je crois, malgré l’évidente mauvaise volonté des trois Moires, à la compta – n’ai pas pu retenir des propos acerbes (« Bonne sieste alors. ») sur ce tchat ridicule qu’elles utilisent pour communiquer, sans doute faut-il nous considérés comme fâchés. Qu’importe puisque deux heures de Magda C. en bibliothèque, deux heures de grâce, un public d’une cinquantaine de lycéens, quelques collègues. Visiblement émue par nos petits travaux de traduction et par le degré de préparation de quelques-uns. Elle apporte des livres et des journaux, pour une dotation au lycée français ; allusion polie à mes propres travaux. M’offre un vieux volume d’étude de Grands Névropathes, annoté bleu pâle : Byron, Chateaubriand etc. Discutons jusqu’à tard sur le parking. […] Au téléphone, une heure moins le quart du matin, un message de Jean : sort du travail, beaucoup de vaisselle ce soir, les bras brûlés par le produit. Son contrat prolongé jusqu’à fin avril. Voulait venir pour mon anniversaire. Râpé. […] Mathieu C. a ramené sur le parking de Padina la camionnette jaune, rentrons avec à Kiseleff. Faudra deux voyages, pas pensé aux étagères. Elsa a préparé les choses et fait cuire deux pizzas ; elle improvisera génialement, sans lits, le coucher des petits. Un crochet dans un lointain secteur, une cité ceaucesciste que balaie la tempête de neige, très christophienmais dans l’escalier une photographie du Vatican, pour récupérer une table qui me servira de bureau : 150 lei, une affaire mais bordel que pèse. Toute la soirée. En manœuvrant taquons du cul gauche, la fatigue, la Hyundai abandonnée. Mathieu d’une patience extraordinaire. Finissons au Zadar, deux bocks et j’ajoute deux palincamais la nana m’arrête : pour la maison. Croisons Alexandra qui jure n’avoir jamais quitté le café et s’étonne de ne nous y voir jamais ; le cercle de vieux-beaux qui la pressent d’ordinaire nous jauge d’un œil jaune, en oblique. Un fille blonde aussi, sur la terrasse, dont le visage me dit vaguement quelque chose et réciproquement ; nous nous examinons sans mot dire. Rentré à pied dans la tempête, blanc que blanc. […] Volé – l’inscris ici pour soulager ma conscience – quatre assiettes à Stradale qui, sans y être pour rien, a fait les frais de mon agacement budgétaire. De la tôle emboutie, le cul trempé au minium : du mobilier de pensionnat. […] La rue Stirbei, certes, plus éloignée du travail mais ne suis pas fâché, au contraire, de mettre un peu de distance avec l’espèce de thérapie collective d’Anna-de-N. où la littérature, comme l’observait S.P., n’entre que par intrusion. […] Rangé Banu Manta jusqu’à dix heures puis à Stirbei en vélo. Très satisfait de mon nouveau bureau, mal chauffé c’est vrai, et bruyant, mais on voit loin, la lumière est belle. Nouvel aller-retour pour ramener les enfants. Ils rangent leurs affaires. Allons au Cismigiu essayer la boussole. Dormiront là ce soir. Autre aller-retour, encore, après dîner, plus laborieux : les petits pots en verre, les câbles etc. »
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