
Force ni que rage. Extrait du Journal au 8 février 2026:
« J. a cinq ans. E. lui a trouvé une panoplie de chevalier, des albums de Rahan et un bilboquet – un kendama, on dit ; elle a rechargé la Boîte à Histoire. Mes parents, d’avance, avaient glissé les cadeaux dans la valise, à Noël – comme pour S. […] A pied d’œuvre dès le matin, pour charger la 106 au delà de toute prudence. Mathieu C. m’attend rue Stirbei Voda, expédions l’affaire. Il raconte : en Géorgie, d’où il vient, il reste de vieux ascenseurs à pièce ; les bonnes âmes, parce qu’on n’a jamais de monnaie, en laissent sur l’appareil pour les imprévoyants. Un deuxième voyage après midi mais c’est E. et les enfants, cette fois, qui viennent à mon aide. Prenons nos aises, l’appartement agréable, lumineux ; de là, au Cismigiu qui est à deux pas. […] « Prenez soin de vous ! » Ai fini par comprendre, un peu tard, la réelle signification de ce genre de formule : Ce n’est pas à nous de prendre soin de vous. Amusant contre-exemple à la désémantisation des formules ; le voile levé, aussi, avec une honnêteté désarmante, sur l’injonction qui sous-tend les métiers du Care, aussi éloignés de l’altruisme que le végétarisme l’est de la sainteté. […] Il existe bien une place Jean-Paul II. Alexandra, en vérifiant sur Gmap, n’avait pourtant rien trouvé. Ce dysfonctionnement de l’algorithme aussitôt de susciter mon intérêt pour la modeste placette où trône un buste du pape polonais, et que je-ne-sais-quel scrupule du satellite, un coup de volant de la Google-car a retiré de la cybernétique générale comme un doigt-du-tsar. […] Au Cismigiu un type qui promène des chiens utilise une télécommande pour les rappeler. Un collier, suppose, qui vibre ou sonne. Le type très sûr de sa bricole. Mais les chiens peu disciplinés ; s’approchent à la place, des vieilles femmes curieuses. […] Nourri, depuis deux jours, de M&M’s, de mini-saucissons et de restes de gâteau. […] Le Cismigiu gris, brumeux ; au fond des lacs à sec, une boue bleutée, couleur dés-de-billard, conserve çà et là les empreintes des imprudents. J’aime ce parc, pourtant, faits de perspectives brisées, de fontaines ébréchées, de vieux plâtres ; où les bancs patinés par cent ans de rendez-vous brillent dans la remembre des vieillards jusqu’à la calanche. »
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