Journal d'Anton B.

Jeudi 5 février 2026, 20h02

Force ni que rage. Extrait du Journal au 5 février 2026:

« Cauchemar de J. vers deux heures du matin. Le trouve assis dans son lit, en nage. Rêvé moi-même, en me recouchant, d’une sorte de fuite à pied dans Paris, qui m’oblige à couper par l’intérieur d’une librairie où le Général de Gaulle signe des autographes. […] Message de G.R., hier soir, pour T.W. Le cas de conscience m’a agité toute la nuit, encore ce matin quand m’en ouvre à E. […] A Anna-de-N. la folie ordinaire. Ai renoncé de tout consigner ici. M’en vais au moment que la lumière décroît, vers 16h ; attrape un bus avec les ouvriers de la fosse du métro. Ils se chambrent, jettent leurs paquets de cigarettes vides par les fenêtres. Devant moi une femme d’une cinquantaine d’années regarde des vidéos de bodybuildeurs, avec le son ; son visage à elle porte les stigmates de vieilles opérations esthétiques, les lèvres en bec de canard, les sourcils comme peints sur une théière. Ai entendu, à midi, X. raconter qu’à Singapour les Malais se maquillent pour la fête des morts outrancièrement, à l’époque X. les avait pris pour des travestis ; y repense. […] Daniela : elle travaillait à la bibliothèque de Iaşi, s’imaginait une sorte de rendez-vous des grands esprits et voilà qu’un type lui demande le grand livre rouge avec un chien sur la couverture. […] Y., de l’ambassade – y occupant, en réalité, un poste extrêmement subalterne – raconte à qui veut l’entendre les mouvements secrets de l’avion présidentiel. « Il se passe quelque chose, je vous le dis. » […] L’effondrement annoncé de l’Agence, qui vient couper net la carrière des uns et des autres, toujours au centre des conversations. Ce sont, cette fois, les postes privilégiés qu’on menace ; et qu’on voit, blancs de peur, tenter de fédérer les locaux. Sommes venus trop tard, E. et moi, pour jouir de ces avantages qu’on leur retire ; et nous y assistons comme à la chute d’une citadelle encerclée, certes, par un ennemi commun, mais où on ne nous a jamais laissé entrer. […] Le crâne du sanglier tombé dans la nuit. Une dent cassée. Un vieux dieu remue quelque part. […] Proposition de Ch. de les rejoindre mais suis épuisé. N’ai pas renoncé de me pencher, ce soir, un peu sur mon texte. Voudrais m’en débarrasser définitivement sous trois semaines. Les notes d’E. extrêmement lucides. Me suis fourvoyé partout. »

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