Journal d'Anton B.

Samedi 31 janvier 2026

Force ni que rage. Extrait du Journal au 31 janvier 2026:

« Un verre, hier soir, avec Christophe, qui a terminé son manuscrit, sortira en février 27. Nous convenons du pub sur Titulescu. Causé de Jérôme Bertin et d’Archiloque. Il me demande si, déjà, quelque part, mon prochain livre mais aucune réponse nette ne me vient, mille désirs, mille petites intuitions mais aucun trait de feu, aucun signe dans le ciel comme il y en eut pour LGI ou les Atrides. Une grande blonde, un peu passée, fait irruption et nous fixe longtemps, au comptoir ; je comprends qu’elle parle français et c’est dans cette langue qu’elle se met à causer avec le petit mec velu qui la suit en bavant, comme dans les cartoons. […] S. a sept ans aujourd’hui. La fais sauter dans mes bras. Merveille de la vie. Dehors, la neige. […] Me souviens, pour la réunion d’hier – image de rien du tout mais c’est elle, capricieusement, qui déclenche la persistance rétinienne – que l’homme face à moi, administrateur entre deux âges, costume sur mesure, la barbe faite et la parole très surveillée, en se levant a posé sur la table ses lunettes d’écaille et la branche s’est cassée. […] La matinée à mon bureau. E. a prépare l’anniversaire : le gâteau, les cadeaux. Déjeuner joyeux. Prenons en photo l’héroïne du jour dans sa nouvelle panoplie de Cléopâtre. Lui ferai, au soir, sur sa demande, une tartiflette avec le Mont-d’Or qu’Adrien nous a procuré. Moustafa a pensé à elle, aussi, ce qui m’émeut. […] Au café vers seize heures. Le soir tombe déjà. J’ai oublié mon portefeuille, la nouvelle serveuse ne sait que faire, l’autre la rassure à mon sujet, me sert dans la galerie. Travaille une heure là. Passent les couples indifférents. Au moment que m’en allais, le type qui cherche D., le chiffonnier-millionnaire fait son apparition, un livre à la main, en mâchant je sais trop quels désirs ; mais elle n’est pas avec moi, il fait demi-tour, il reprend sa ronde furieuse dans le parc. […] L’appartement de la rue Stirbei est pour nous. Je n’annule pas la visite de 17h, sait-on jamais. 140 m2 qui donnent sur le McDo de Romana, dont une avocate avec un fort accent russe – et son fils Vladimir, d’une dizaine d’années – me fait les honneurs. Un chanteur lyrique y a vécu dix ans, s’est amusé sur les murs et les parquets. Forte odeur de tabac, de bière renversée. Le gars avait des mœurs très libres, explique-t-on, il faisait des parties d’une semaine, des colocations à quarante etc. Sur un mur des crochets ; sur un autre des djinns tout nus. Redescends par l’escalier : à l’étage d’en dessous un studio de photo ruiné, les portes enfoncées ; au dessous encore, dans le même état, un salon de coiffure. Le tout très égyptien. »


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