
Force ni que rage. Extrait du Journal au 28 janvier 2026:
« Grand soleil. La matinée à mon bureau, énième relecture d’un texte qu’après treize mois je n’ose même plus nommer. Une refonte c’est trop tard ; il faut faire confiance, aussi, au travail des cinq dernières années. Un saut en vélo à Anna-de-N., pour l’heure de grec ; les freins, mouillés, ont fondu, je m’arrête au pied, toujours sur le fil. […] Samedi dernier, en quittant le café de Crețulescu, une femme m’arrête et se présente : Viviana. Elle ne sait pas si j’ai le droit d’attacher mon vélo ici, je réponds un peu bourru, mon accent français la déride. Vive la France, vive la République, vive la Révolution ! Son cri fait se retourner les passants. Une folle, sans doute, mais dans le regard une certaine présence. Dans le même temps un type, devant, essaie de faire entrer un gramophone dans une 206, s’y reprend mais très mal, sent qu’on le regarde aussi, s’emmêle aussitôt bras et jambes. […] I., gentille, m’explique comment marche une résidence d’écriture. Un concept nouveau, commence-t-elle, mais je n’ai pas assez vécu en France pour en avoir entendu parler. […] Vérifions, avec Clément, l’histoire d’Iris C. Elle est vraie. Son grand-père, Georges, est président la vénérable Société des Épigrammatistes Roumains. Un site internet, actualisé ; galerie de poètes nonagénaires en cravate de laine, très rotary. Ouvrons un poème au hasard : une histoire de femme qui baisse son pantalon. […] Examine, dans ma bibliothèque, le butin qu’E. a ramené du désherbage de l’Institut. N’en reviens pas. Du Gracq, du Michon (+dvd). Une histoire de la littérature roumaine bilingue qu’E. leur avait fait acheter en septembre, qu’ils ont donnée neuve. Des envois dédicacés. Zeno Bianu, en Blanche, trois jours après la mort du poète. Le Dinu Flamand de B-J. Une cinquantaine de livres en tout. Un stagiaire ? Un imbécile ? Me sens un peu mal, E. aussi ; comme si les avions volés – mais elle a vérifié trois fois, avant, ils s’en foutent pas croyable. […] Visitons, vers 16h30, un appartement dans le même immeuble qu’en juin (strada Stirbei Voda 65) ; 150 euros de plus qu’ici mais plus agréable, mieux agencé. Plus loin de l’école des petits, aussi. On n’en sort pas. Ce sont les choix de vie qu’il faut balancer de nouveau, le peu qu’on a, les pensées noires. Soirée pénible, des uns et des autres les nerfs lâchent. S., dont nous ne parvenons pas à organiser l’anniversaire dans les délais, pleure et dîne seule. »
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