Journal d'Anton B.

Mercredi 17 décembre 2025, 16h54

Avant l’orage. Extrait du Journal au 17 décembre 2025:

« Rentrons des courses avec E. par un chemin de terre qui monte sur la colline dans la plaine de Bailly ; arrivons à une barrière de barbelés, que je soulève péniblement. Mais une dame : Que faites-vous là ? Je vais pour lui expliquer mes droits – qui sont, ici, des droits de propriétaire – mais elle me reconnaît. Lui apprends la mort du grand-père, la vieillesse de Mamie. Elsa s’impatiente. Quelqu’un d’autre, aussi, que je sens derrière nous, qui refuse de descendre du camion mais le rêve lui masque le visage. Rêve anodin, en vérité, mais je me suis endormi par surprise hier soir, j’allais sortir, et le fait m’obnubile jusqu’à tard. Je brûle un chiffon sur le gaz – un de ceux qu’E. ourle elle-même. J. aussi a fait des rêves, des cauchemars aussi. Il refuse, lui, de les raconter : ses rêves non plus, qui « sont plus terrifiants que les cauchemars. » […] La perspective de signer ce Précis sous le nom habituel – le manuscrit pour l’instant est anonyme – me paralyse l’écriture. Remontent tous les travers. M’étais astreint, jusqu’à alors, à un certain rythme, à la désécriture silbertienne. Mais ce matin, en trois heures, vingt lignes. […] A Kyralina, brièvement. Leur chauffage est coupé. Pendant qu’explore les rayons, un cafard sort d’une plinthe : panique générale. La libraire, au comptoir, a la phobie de ces bêtes-là, son collègue revient avec un pshitt à vitre – du chlore, corrige-t-il en écoutant mes réserves. La bête, foudroyée, défoudroie après dix secondes. Me propose pour la jeter aux chiottes. Rions bien. Mais ça m’a retardé, je force sur le vélo, le froid mord. Le lac Hérastrau couvert de brumes, les îles disparaissent – le voile quelques heures soulevé sur la nature onirique de la ville, pure projection du désir, de là vient qu’on l’habite si imparfaitement. A Anna-de-N. pour midi. A cent mètres de l’entrée m’arrêtent deux ouvriers du métro : ont commandé des pizzas sur Globo et, le sac plein de livres, me prennent pour un livreur. Sunt profesor de filologie. Éclatent de rire. […] E. ce soir à l’opéra avec Aurélie. Garderai les enfants. Rejoindrai plus tard, si peux, le joyeux petit cercle du centre-ville. […] N’ai pas parlé, hier, de cette femme, et le regrette. Dans la nuit, seule sous le pont de la DN1. Marchait avec précipitation vers la passerelle puis s’arrête, paniquée. Appelle au téléphone. Je n’attrape, en la dépassant, qu’une seule phrase : J’ai peur, mon Dieu, que j’ai peur. »

2 réponses à « Mercredi 17 décembre 2025, 16h54 »

  1. Avatar de
    Anonyme

    Je suis à Elancourt entre le 25 et le 28 si ça te dit un café ou tu passes à la maison pour la Saint Etienne si tu veux.Tu as mon mail sur mon blog si jamais. Bisettes à la mifa. CW

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    1. Avatar de Anton B.

      Avec plaisir, vraiment. Suis flatté.

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