Journal d'Anton B.

Lundi 15 décembre 2025, 21h27

Avant l’orage. Extrait du Journal au 15 décembre 2025:

« Au fisc dès l’ouverture. Deux heures. J’ai soigné, pourtant, ma gueule de « ressortissant d’un pays ayant signé un accord de mutualité fiscale » ; les Pakistanais, dans une file spéciale, n’avancent guère. Mais la dame du guichet 14 s’essuie la moustache. Celle du 11 appelle ses collègues en renfort pour comprendre, sur une recherche google, le mode d’emploi de sa télécommande TV – dans quelle langue est-il, pour commencer. Celle du 7, à l’autre bout des parloirs, pour tamponner lève le tampon à mi-poitrine, malgré l’hygiaphone quel bruit ça fait ! alors le tiroir, sous la table, s’ouvre tout seul, tous les dix coups elle le repousse d’un coup de genou, coup sec, mi-colère mi-lassitude. Le formulaire 2024 n’est pas le bon pour 2025. Non, je ne suis pas from Lithuania. On me note, à la fin, un numéro de téléphone sur un vieux ticket de bus : que j’appelle sous quinze jours. Dehors, sur la pelouse grise, un groupe électrogène couvert de gobelets vides au dessus du tableau des prises mais la pluie les a remplis à ras bord et la machine, mal posée, sur un socle de boue, penche un peu, prépare l’enchaînement. Une brume bleue tombe comme un rideau. Essaie de la photographier. Le gardien, à la barrière, me salue comme un vieil ami. […] A l’angle de Mihalache un vieux s’extasie devant le godet d’une pelleteuse. Le conducteur de l’engin, un Pakistanais, l’interroge puis, sans réponse, me prend à témoin en haussant les épaules. […] Sur les grands panneaux-réclame du carrefour de Baneasa, une campagne contre les incendies domestiques : « La chaleur – je traduis à peu près – vient de l’air pulsé, pas des nœuds de câbles ». Images de branchements compliqués, surchargés, tels qu’on en voit partout – avais projeté, l’hiver dernier, une série de photographies. L’air pulsé pour ‘suffletul‘, qu’on lit d’ordinaire dans le sens d‘âme. Les amusants contresens que ça autorise. […] De Daniela des recueils de poèmes, des jouets pour les enfants ; mais c’est à Elsa que le paquet s’adresse. Une femme intimidante, une Madara ; mais visiblement autant de joie à donner qu’E. de recevoir. […] Rentré par la navette avec Diane, à la maison à 18h15. E. au téléphone avec L. Les petits préparent une pièce en deux actes : Le Cavalier pas doué. La joueront avec musique et programme. M’effondre vers 21h sans avoir rien fait. »

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