Journal d'Anton B.

Vendredi 12 décembre 2025, dans la nuit

Avant l’orage. Extrait du Journal au 12 décembre 2025:

« Réveil pénible. Les petits m’embrassent pour ma fête. L’eau froide. Avale un café mais la tasse était mal rincée, le goût du Paic vaisselle et, pendant deux heures, l’estomac qui vrille. Le bus un peu tard, donc plein. Les arbres noirs dans la brume blanche – les racines du ciel. Trois étudiantes en marketing pépient dans l’allée centrale, après cinq minutes une voisine éclate : « Vous pouvez vous taire, on va au travail. » Et l’étrange raisonnement de m’occuper l’esprit jusqu’à destination. […] Mail de Pierre. Le premier depuis des mois. Toujours en Syldavie, demande-t-il ? Mail de Christophe, avec le texte d’hier. […] Vu, la nuit dernière, le très beau travail de Célia. […] Échec pour le dossier S. mais pour B. première place. Félicitations des uns et des autres. Un poste fictif, cependant. D’A., à 15h, aucune réponse. […] Deux heures confuses avec F. Ponge, malgré mon grand intérêt pour le recueil. En sors fatigué comme d’un vrai travail. Il est tard, déjeune presque seul. Thomas m’explique avec une érudition inouïe l’aventure de la Dacia 1310, sur base de R12 mais qui, par un caprice de Ceaucescu, a précédé son modèle sur la route. Ça lui fait, un instant, la voix de mon père. Adidas aussi, incidemment, produit en Roumanie depuis les années 70. Ressaie le café mais le recrache, quelque chose ne va pas. La pollution lui fait un goût, avance quelqu’un : les mesures, depuis deux jours, alarmantes. […] Voulais avancer mon Précis mais m’endors dans la bibliothèque. Réveillé par des éclats de voix : quelqu’un se bat quelque part. Retour avec les enfants. Sur le banc de pierre de la gare de Baneasa, S. ramasse la carte d’identité, déchirée et boueuse, d’un citoyen du Secteur III (FLOREA, Gabriel-Catalin) ; relève, en passant, comme en Lettonie, que les rubriques sont systématiquement traduites en français ; qu’on indique le lieu de naissance mais pas la date. A la maison dix minutes avant E., qui est allée visiter le cartulaire national. S. l’avoue à sa mère : un garçon l’a embrassée à la commissure des lèvres. A moi elle n’a rien osé dire. […] Soirée dans l’ancien théâtre national, pour le Noël du lycée français. Fais de la peine, involontairement, à X., que j’aime bien pourtant, mais je n’avais pas compris que ce dont elle parlait comptait pour elle, d’où mon ironie malvenue. Puis un verre avec A. au Londo, où rejoignons Hervé, Anne-C. […] Dans le bus ce matin, J. : Papa, c’est quoi la vérité ? »

Laisser un commentaire