Journal d'Anton B.

Samedi 6 décembre 2025, 19h43.

Avant l’orage. Extrait du Journal au 6 décembre 2025:

« L’anniversaire d’Anne-C., hier soir, dans un appartement au dessus de Kyralina. « J’ai commencé dans la police des eaux, dans l’Essonne… » « …né à Amman mais jusqu’à six ans nous avons vécu en Alexandrie. » « …avec ma femme, en Syrie, sous Hafez. » « Tu sais comment on dit 69 en arabe ? » « Son père était ambassadeur, je crois. » « …le plus grand romancier moldave. » « …au Japon que je voulais les élever. » « …aussi le passeport algérien. » « …la photo de la tombe de ses chiens. » « Quand il est mort on n’a pas tout de suite compris. » « …comment nous allons nous en sortir. » Des vies pleinement vécues, en concentré. Vois Elsa le soir, ce qui n’arrive jamais. Nina nous a gardé les enfants. Mathieu invité aussi. Dans la trappe pour la vanne incendie, sur le palier, la photo d’une pin-up décolorée. Sur la Calea V. un immense camion-réclame roule au pas, aveuglant, la sono à fond, pour la bière Tuborg, dont suis définitivement détourné. Il tombe une neige fine, invisible. Anne-C. est fille de Pied-noir, comme moi. A la maison à une heure, mais avons oublié nos clefs, il faut que N. descende. […] Les Loizeau ont dormi à la maison, leur laissons notre lit, avons déplié le canapé dans la chambre de J. Elsa et Elize vont à la boulangerie. Moş Nicolai est passé dans les chaussures, J. jure l’avoir entendu. Les quitte vers 9h pour le café, y resterai jusqu’à midi. Ai oublié mon portefeuille, la fille va pour me l’offrir mais j’insiste, le lui paierai demain. Devant l’église les trois mendiants – s’est ajoutée une femme au bonnet jaune – se tapent le check gaiement puis, dix minutes plus tard, se foutent sur la gueule ; quand sortent les popes ils se précipiteront à leurs pieds, en la baisant soulèveront la jupe et les popes, fâchés, auront tout le mal du monde à leur faire lâcher prise. Le froid très vif, très pénible de répondre à Sylvain ; mais ne peut me résoudre à entrer à cause de la musique. Heidegger n’y pensons pas. Un autre passe mais lui s’en tient à démarcher sur la galerie : il montre son petit doigt atrophié et curieusement placé sur le dessus de la main. Un autre encore qui est – mais comment en être sûr ? – celui dont parlait Diane, qui n’est pas un mendiant ; et je le suis longtemps du regard mais pas une fois il ne se retourne. […] Le vent très fort, le temps à la neige. Les pompiers coupent la Calea V. pour retirer une gouttière de zinc qui pendait dangereusement. Retrouve la smalah à la librairie, E. leur montrait l’institut. Déjeunons à l’italien habituel. M’endors en rentrant. Ne ressortirai pas. Même ce Journal, pénible. »

Laisser un commentaire