
Avant l’orage. Extrait du Journal au 4 décembre 2025:
« Brume épaisse ce matin mais différente d’hier : plus basse, perceptible entre les immeubles et comme les mailles plus fines. La grande avenue des Aviateurs s’y enfonce dans l’infini, s’y élève lentement, les guirlandes tirent sur leur attache, ne suis pas fou. L’aéroport, lui, a disparu, seulement l’herbe verte, le grillage, la guérite qui s’enfonce dans le sol, déjà l’herbe se referme ; et – citation très approximative – « me vient sur la langue, plutôt, le vieux mot de champ d’aviation. » […] Pas l’endroit pour nommer les gens mais, ce matin, en causant avec mademoiselle d’A., je l’appelle, à ma grande surprise, d’Herbes. La particule et l’élément végétal, qu’elles ont en commun, lui ont substitué cette camarade du temps du lycée dont le prénom, Magdeleine, me paraissait alors lourd de promesses, à qui je parlai parfois sur MSN et qui ne répondait jamais. Le marxisme vivait alors à la Bruyère, sur les bancs de la Seconde, une reverdie inattendue, porté par un de nos professeurs, et bien vite distingua des camps. Mais je surpris, une fois, une conversation d’ordre privé, dont rien ne doit filtrer jamais, mais qui devait graver son visage dans ma mémoire – et son adresse, près du Bassin de Neptune. Un accident, un défaut dans la barrière qui font que les autres sont des autres. Disparue dans la nuit versaillaise. […] Au self avec Mathieu ; je demande la même chose, un peu à la légère. Dans l’assiette du tofu. C’est pas bon. Pense à Célia qui me trouverait très con. […] Plaisanterie énigmatique au détour d’un couloir. Comment une Chinoise baptise-t-elle son enfant ? En jetant une bassine de fer-blanc dans l’escalier. […] Un fantaisiste s’amuse, depuis trois jours, à laisser sur l’échiquier du premier des positions saugrenues. Pas impossibles pourtant, le jeu consistant sans doute à imaginer comment les pions sont arrivés là. Qui ? Ai quelques noms. Mais c’est Philomène, 5 ans, la fille de L. et F., que je surprends dans l’après-midi. Un hasard, elle ne connaît pas bien les règles. Les formes lui plaisaient. Personne n’osait déranger. […] Posté mon texte à Christophe. Pas dans la note des deux premiersNon-Conforme mais les idées sont claires, pour une fois. […] Très mal expliqué Stanescu, une fesse sur le bureau mais il y avait, dans l’approche, un tremblé qui était sincère et qu’à leur place, moi, j’aurais senti ; vaut toujours mieux, pour les vrais poètes, qu’une démonstration au tableau, avec grand I et petit a. Rentré en vélo dans l’obscurité. Mais l’air très net, lavé ; et le retour agréable malgré le bruit, malgré la circulation et la fatigue. La lune dans la nuit noire comme un impact, tout autour des arcs de nuages. Dans la partie abandonnée d’Hérastrau, au niveau de l’ancienne aire pour enfants, un garde solitaire dans sa guérite, avec une veilleuse ; il se roule des cigarettes dont il remplit une boîte. Échangeons un regard. »
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