
Avant l’orage. Extrait du Journal au 30 novembre 2025:
« S. : Aqua, en latin, c’est l’eau ; alors pour l’aquarelle il faut de l’eau. Sa mère : Bravo, donc tu sais ce qu’est un aqueduc. Son petit frère, vexé : Moi je sais ce que c’est un aqueduc mais je dis pas. […] Du rêve de cette nuit, presque rien : une chambre de location, je passe la main sous les draps pliés dans l’armoire, sens le pistolet enveloppé dans un mouchoir presque avant de le toucher. Un petit modèle, un pistolet de sac-à-main à manche de nacre, et rouillé. Ne peux imaginer quel projectile ça tire – me souviens, c’était le rêve encore, avoir pensé à des attaches parisiennes. […] Les quatre aquarelles de S. : Le Sapin de Noël, La Fille et le petit-déjeuner, Le Sapin content et, très belle, une Nuit étoilée. […] Étymologie de Frumos, ‘beau’ : à rebours du bon sens (le latin formane me vient pas tout de suite à l’esprit), me prends à rêver à un Fruor : ‘je profite’ / ‘je jouis de’, qui lierait définitivement, dans une pointe platonicienne, la beauté roumaine à l’utile. Il n’en est rien. Un poil déçu. […] La matinée sur mon petit texte pour ce soir. A midi E. a préparé du poulet. Vole une heure, à la sieste, pour boire un café sous la galerie. N’y rencontre pas que des inconnus : autres que vies que la mienne, interdit d’en rien dire ici mais il faudrait peut-être faire un sort, un jour, au parti pris de ce Journal d’évacuer tout le romanesque de l’existence, de la réduire à ses listes de courses, aux attentes au feu rouge et aux grues du chantier (la machine je ne sais pas mais l’oiseau se dit macara, m’apprend-on. Le dictionnaire renvoie, par l’intermédiaire du turc, à l’arabe بكرة, ‘demain’. Trop beau pour être vrai. Si vrai, foudroyé.) […] Échange de mails avec X. Pèse mes mots, lui les siens. C’est imprévu, ça me mâche. […] Les enfants préparent la couronne de l’Advent dans la tradition de leur mère. Motifs égyptiens, lettons et roumains. Beau moment. […] Lu ma petite Liste à Kyralina : Puzin, l’Angle Rouge, Epsilon etc. Anne C. et Hervé sont venus. Avant ça un jeune poète très talentueux, un texte sur le rouge qui jette un frisson dans la salle. Une photographe. Une nana qui vend du bio, assez pénible, que personne n’arrête. Une seconde poétesse, la main tremble un peu, émouvante, avec qui échangerai quelques mots. Les enfants se sont bien tenus, les emmène au MacDo. Ne prends rien pour moi. Sur le trottoir devant, des panneaux balisent un raisonnement que mets quelques secondes à reconstituer : Peace for Gaza, puis Peace for Ukraine, puis Neutralité militaire – je commence à saisir – puis Zelenski démission puis, brachylogie à couper le souffle : Nos enfants ne sont pas les cobayes de Big Pharma. Plus les icônes et les drapeaux. Rentrons à pied sur le boulevard M. pour voir les illuminations. S. me raconte les dieux égyptiens avec une érudition surprenante : un livre, explique-t-elle, qu’elle a emprunté à l’ambassade. »
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