Journal d'Anton B.

Vendredi 28 novembre 2025, 18h41

Avant l’orage. Extrait du Journal au 28 novembre 2025:

« Le spectre du siège de Sarajevo, cette nuit, pour raisons qu’on sait. D’où un Je me souviens : du Nous sommes en guerre… de Chirac, j’étais en CE1, des explications de Maman, dans la voiture, nous allions à Versailles, pour faire quoi ? ne me souviens plus. La fin-de-l’Histoire ? L’Histoire avait choisi, pour réamorcer, la plage la plus morte de la semaine, centre de la morne boucle infinie des activités, le hors-temps du mercredi après-midi. […] J. : « Je veux être un adolescent. Au moins j’aurai le droit d’avoir un bilboquet. » […] Chantonne l’Internationale, sans trop y penser, en traversant en voiture la place de la Presse Libre, où s’éleva jadis la statue de Lénine. M’arrêtent ces deux vers : « La terre n’appartient qu’aux hommes / L’oisif ira loger ailleurs ». Cet ailleurs-là glaçant. Mais c’est au premier vers que S., derrière, réagit : La terre, s’insurge-t-elle, appartient aussi aux plantes, aux animaux etc. […] N’aurai pas consacré à la littérature une heure de mon temps, en dehors des explications que ce métier impose de donner, explications toujours grossières, explications de l’inexplicable, et on ne supporterait pas de s’entendre enregistré. Un jour retranché à ma vie sans compensation nette. Mais le spectacle des petits. […] Dans l’émission de radio pour laquelle j’avais été interviewé, plus un mot : coupe totale. Vieille habitude de ça mais sur ce coup précisément, sans blague, ça m’échappe. A la place, X. récite la partition habituelle, développe les poncifs, s’indigne où il faut s’indigner etc. […] Me suis attardé au lycée pour les appréciations, les petits lisent dans la bibliothèque ; leur prendrai, pour ce long week-end, des Tuniques Bleues et Michel Vaillant. Rentre en voiture, assez rapide. En arrivant sur le boulevard Mihalache manque de me faire un piéton qui traversait pourtant sur les clous : la nuit, la pluie et je sifflotais bêtement. Les dératiseurs sont passés dans l’immeuble, l’affiche à côté de l’ascenseur : une pâte raticide puis, écrit juste à côté, l’antidote, de la vitamine K1. Récupère mes clefs chez le voisin ; mais c’est sa fille qui m’ouvre, en pyjama, une lycéenne, ce n’est pas moi qu’elle attendait, aussi toute muette de se trouver dans cette tenue devant un étranger. […] Beaucoup, aujourd’hui, à me parler du Regard d’Ulysse. Julien, lui, moins convaincu ; parle d’en projeter un deuxième, pour juger. […] Reçu lettre de Sylvain, timbre espagnol, garde pour cette nuit le plaisir de l’ouvrir ; et J. une d’Aurèle, à Villeneuve-d’Asq. »


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