Journal d'Anton B.

Samedi 15 novembre 2025, 19h51

Avant l’orage. Extrait du Journal au 15 novembre 2025:

« La nuit dernière au Londo : S. et Gr., Ioanna enceinte jusqu’aux yeux et V. Ils descendent des bouteilles de Fetească neagră dont rien que l’étiquette fait mal aux cheveux. Nous rejoint, au moment qu’on médisait de lui (« Mille francs qu’il est au Zadar!), Mathieu ; un ami l’accompagne, Vivien, ancien militaire, dans l’hôtellerie désormais. Nous avons le même âge, il a vu le Moyen Orient, l’Ukraine d’il y a dix ans, la Roumanie, son dernier déploiement avant la retraite, à 37 ans. Sa femme, anthropologue franco-tunisienne, travaille sur les groupes jihadistes au Congo. Les serveuses, nerveuses, surveillent Grégory, cassent des verres ; le patron lui-même finira par passer la tête. Me sens fiévreux, bois deux bocks, sans m’éterniser. Il tombe, au retour, une poussière de neige gelée, visible seulement dans le halo des phares. Ne sais pas l’heure mais la ville vide ; et traverse la P. Victoriei en diagonal. […] « Tu crois que si on laisse des casseroles d’eau partout, les mites continueront à se suicider dedans ? » […] Faiblesse depuis ce matin. Contre mes habitudes ne suis pas sorti au café. Déjeuné de peu d’appétit, quoique E. ait fait un poulet au four. Sieste sans sieste. Les enfants très inventifs mais très durs entre eux, contre nous. E. les sort. Peux rien. Avance, sans me relire, le Précis dont les autres, hier soir, se sont bien moqués. Oscille de l’excitation au dégoût. […] Appel, sur le téléphone d’Elsa, d’un inconnu qui dit me connaître. La ligne est mauvaise, on dirait qu’il crie sous un orage. Je voudrais voir le numéro mais n’ose manipuler le téléphone, j’ai peur de couper par accident. Je crie aussi : Vous avez besoin d’aide ? Va savoir pourquoi je pense à Clément Bentz, à Lauzun, ou à Grégory, qu’ai laissé la veille dans un drôle d’état. Me réveille en sursaut, les draps trempés. Les petits sont partis avec Elsa. Rêve de fièvre. […] Reviennent tard. Ont acheté, pour la couronne de l’Advent, de petites maisons transylvaines en terre, dont l’église de V., qu’ils ont visitée avec mon père ; et trois moutons. »

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