Journal d'Anton B.

Mercredi 12 novembre 2025, 16h18

Avant l’orage. Extrait du Journal au 12 novembre 2025:

« Rêve. Cherche ma voiture dans le parking souterrain d’un immeuble, en Bulgarie ; mais les piles s’écrasent, les conduites ont plié. Les lézardes repeintes de frais, la Bulgarie après tout un pays borderline, et m’obstine à nier l’urgence. E. et les petits s’enfuient. Meurs écrasé – me souviens, en le notant vers 7h, du béton qui descend vers moi, écaillé, nervuré, et que je touche comme une panse de dinosaure. […] Sans doute pour couvrir le bruit de leur dispute les voisins, à 21h, poussent la musique au maximum – à en faire trembler les vitres de l’armoire. Du R’n’B dégueu, vocodé etc. N’ose pas descendre. Ai été, depuis quelques temps, si souvent confronté à la folie que finis par en ressentir une gêne, comme si c’était moi qui. […] Jusqu’à la p. 100, le Caire ; jusqu’à la p. 384, Riga. Ouvre aujourd’hui la p. 567. […] Au café sous la galerie, incroyable, la chanson de Nouvelle Vague ; et l’image, aussitôt, de l’appartement du cher Romain, à Reims, la bande-son de Mario Tennis qu’il laissait tourner toute la nuit sur la Nintendo 64, l’odeur de brûlé qui tint longtemps à sa cage d’escalier après que je-ne-sais-quel jaloux avait voulu se venger de lui. Des nouvelles, de loin en loin, des bruits plutôt, comme on devait en recevoir de Livingstone ou de S. de Brazza ; une collègue, Audrey, a travaillé avec lui en Uruguay, se souvient d’un gars petit-mais-avec-de-beaux-yeux. Le cycle, qui sait ? a fini son tour, le suivant s’amorce, plein de recommencements subtilement déguisés en nouveautés. […] Commencé la rédaction du Précis ; une fois n’est pas coutume, le ferai peut-être valider par un ouléma de la chose d’ici une cinquantaine de pages. E., faut-il le préciser, trouve ça parfaitement idiot. […] Au café ce matin près de l’église Crețulescu. Le garçon est nouveau : me suis-je trompé de jour ? Il pousse à fond – le réel entretemps s’est organisé – la même musique que les voisins, tant que je me résous à lui faire la remarque. Il plaisante avec un livreur mais ne comprends qu’un mot : Patek Philipps, allusion à la montre qui s’est vendue hier à Genève dix millions. S’assoient ensuite, au moins aussi bavards, deux guides des croisières Viking avec leur raquette de tennis (la 9 et la 8). Puis la bonne du curé, la grande, avec ses hautes bottes molles, qui fait une blague au sujet de l’expression De obicei (‘comme d’habitude’). Je ne comprends pas non plus. Devant l’église scène très Léon Bloy : une fille très court vêtue, la maquillage fatigué, le genre vulgaire, hésite à entrer, se signe, fait demi-tour presque en fuyant. Remonte vers 11h. Devant la boutique Louis Vuitton la limousine de l’ambassade slovaque, avec fanion. Un saut à la librairie où sont Elena et Mathieu. Me prêtent l’autre Popescu, parlent de mars ; aussi le repré de Madrigall, en visite. Repars. Sur Victoriei deux ou trois-cents ambulanciers manifestent avec au moins autant de gendarmes autour ; un adjudant avec chasuble filme les passants sur le trottoirs, insiste sur les éléments suspects c’est-à-dire un ivrogne ramassant son briquet, une vendeuse de drapeaux qui passe au rouge et moi sur mon vélo, qui cache mal ma curiosité. […] Au boulot mini scandale : ils ont changé le papier-toilette. […] B. Sansal gracié. Le président allemand a servi d’intermédiaire. […] Le cercle de littérature, prévu pour 15h30, annulé sans qu’on me prévienne. Rentre sans forcer sur les pédales. Le froid a durci mais il fait encore jour. Le chantier du métro produit de grandes quantités de boue, qu’on n’empêche plus de déborder sur la route. Sur une pelouse de petits drapeaux blancs marqués IRRITROL. Devant la caravane du gardien de la fosse 4, une marmite bleue, un pot de miel, une poule ; on devine, dedans, une table en bois avec des marques de couteau, une cafetière en fer blanc, un bouquet sec, pendu à un clou ; le tout faisant puissamment envie. »

Laisser un commentaire