Journal d'Anton B.

Samedi 8 novembre 2025, 20h03

Avant l’orage. Extrait du Journal au 8 novembre 2025:

« La nuit dernière au pub sur Titulescu, pour l’anniversaire de Clément. C’est en bas de chez moi et suis premier arrivé – la pluie, de nouveau, paralyse le trafic. Hésite à m’engouffrer, quelques pas sur le boulevard de nuit. Soudain une bouffée d’air chaud : la porte est ouverte, malgré l’interdiction, d’une des petites salles de jeux automatiques. Un regard : des types ventripotents, moins vieux sans doute qu’ont l’air, assis devant des machines à sous, le sol jonché de kleenex et de canettes de Redbull, deux au moins en robe de chambre, la « passion imposable » et les machines elles-mêmes, dorées, clignotantes, que la buée sur mes lunettes entoure d’un nimbe stroboscopique. Clément m’arrache au spectacle, entrons au pub. Lui offre le Traité de graphologie de 1935 qu’ai sur mon bureau depuis l’an passé – en allemand alors à qui d’autre ? Nous rejoignent Cyril et sa femme, Mathieu C., Thomas St., Laure, Florian et Philomène, la belle-fille de Fl. et son mec. Mathieu raconte : à la fac, son directeur de master se présentait comme géographe de la nuit. Clément va voir Sylvain dans deux semaines. Florian a trouvé une carabine et fait le zouave. Thomas St. n’était pas au courant pour la valise de photos que trouvâmes l’année dernière dans la rue ; ça l’intéresse, il la prendra lundi. La serveuse, après plusieurs tentatives, nous dégage vers une heure. Leur montre, dans le bloc derrière, la ruine de la maison de Traian Cheliaru. […] Lis à la maison, puis récupère le vélo. Le type m’a envoyé un message très sec, telle heure, tel endroit sinon tant pis, comme à un chien c’est-à-dire comme l’ai toujours vu faire (X., qui m’a donné son contact, l’avait intitulé GrosEnculéVélo, et l’ai laissé tel) ; aussi j’arrive ostensiblement en retard. Il a fait le taf. Autour de lui d’autres clients, pas mieux traités que moi sans doute mais devenus, par syndrome de Stockholm, de paisibles quadras souriants, tendant la bonne clef, se tassant dans l’encoignure etc. Puis à la librairie, où Héléna. […] Au café ce matin. Sous la statue de Carol I une haie de soldats en uniforme de l’armée royale, sous le drapeau à l’aigle. Un officier en grande tenue, avec casque à pointe, adresse à la pluie sa harangue. Le public, peu nombreux, des hommes âgés, des prêtres, fait soupçonner un motif tout autre que touristique. Quand repasserai, 30 mn plus tard, les popes distribueront du pain aux soldats. […] S. invitée chez Soline L. pour une soirée pyjama. Grand moment. Elle s’y rend déguisée en Petit Chaperon Rouge. Elle a préparé la galette et le petit pot de beurre. […] Le soir dès 15h. Les milliers de corbeaux. Le bruit de l’ascenseur. Jour qu’effarouche le Journal : tout s’y rétracte, se sentant observé. Broie, à la terrasse d’un café, avec J. qui ne comprend pas pourquoi on attend, une métaphysique découragée. A qui voudrait regarder quand même sont opposés des voiles grises, des linges mouillés, et ces disputes sans l’être qui, si l’extraordinaire jaillissait devant vous, vous le feraient manquer. Aurais dû casser la clef dans la porte. Et tant de décisions à prendre. »

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