
Avant l’orage. Extrait du Journal au 5 novembre 2025:
« Mort de Claude Bébéar. Comme pour tout ce qui touche à l’UAP, ne peux m’empêcher de me demander quel rôle ce zigue-là a tenu dans la mise au placard de mon grand-père. Ne me souviens pas que son nom ait jamais filtré dans la conversation ; mais on s’est toujours retenu, à table, devant les enfants. […] Le portail de l’hôpital d’en face glisse librement sur son rail, sans rien pour amortir le choc. Tant mieux pour le garde qui voulait faire étalage de sa force : d’une main puis à fond, juste pour le bruit. Mais le portail revient et, pour l’arrêter à distance, il fronce les sourcils, tend la main et l’ouvre à s’en désarticuler les doigts. Alors, qui sait ? une force invisible, un champ magnétique, une boule de feu blanc etc. Hélas, l’effet sur les infirmières du roulement de 7h est nul, à peine si elles le saluent. […] Pour la première fois de ma vie pris la peine de signaler une vidéo sur Youtube : un Noir, en live, avec une guitare 3/4, qui appelle à »déporter les blédards ». Sur le mur derrière lui un drapeau tricolore de papier, punaisé de travers ; sur la lèvre inférieure droite un piercing qui, en s’infectant, fait gonfler tout le bord. Puis il arrache un ploïng à sa guitare et, en chevrotant, place pour l’avenir tous ses espoirs en Marine le Pen. […] Seul quand la ville entière est au travail, boire un verre d’eau froide sous la galerie. […] Dans un entrefilet du Monde, première allusion aux grandes manœuvres françaises en Roumanie – le journaliste tempère : en coopération avec les Belges et les Luxembourgeois. Mais passerai, en revenant du lycée français, devant le Grand Quartier Général où la garde a été triplée. […] Réparé ma semelle droite, le trou de la taille d’une pièce d’un centime. Voudrais la faire tenir jusqu’à Noël. […] La matinée au café, par temps froid. Terrasse déserte ; une Américaine s’y aventurera et, à son tour, sans trop de discrétion me prend en photo – dois être devenu, à mon insu et Dieu sait pour quelle raison, un personnage très célèbre. Explore de recueil de Porumboiu, des trouvailles ; mais la traduction français absurde, le type ne le parlait pas vraiment, un prof de lycée de province, que c’en est presque drôle. Devrais étudier quelques verbes Voir dans les langues indo-européennes (aujourd’hui, Urmăresc, de urmă : la trace). Le patron, en arrivant à dix heures, sourit de me voir déjà là, m’offre le café malgré mes protestations. Repars vers onze heures. Un saut à la librairie pour rendre Popescu à Mathieu. Sur le boulevard des Aviateurs le monument aux Américains : They gave their Today for our Tomorrow. Mais après la statue je prends un trottoir de biais, la roue arrière plie, chute brutale au milieu de la route. La roue foutue. Le bras contusionné. Mes lunettes, au moins, miracle, intactes. […] Sur une camionnette le nom d’une boîte de BTP : TROIA. […] La galère habituelle, en rentrant, pour réparer le vélo. A Décathlon rien, un manche à couilles avec le gilet bleu (Cezar, dit le badge) interroge son oreillette comme si on lui demandait le Graal. Le mécano de la piața Domenii aussi désagréable que la dernière fois, « Voilà ce qui arrive quand… » ; il faut hausser le ton, passer à l’anglais pour lui faire ravaler sa leçon de morale. Je l’aimais bien, ce vélo. Dégoûté. »
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