Journal d'Anton B.

Dimanche 2 novembre 2025, 18h15

Avant l’orage. Extrait du Journal au 2 novembre 2025:

« Levé tôt. Pas de café ce matin mais le métier de père : les petits ont mangé quelque chose de mauvais, ils le rendent par petits bouts blanchâtres dans les bassines. La crème des éclairs ? L’appartement me pèse, toujours le pied bute sur quelque chose ; et l’air aussi, trop chauffé, transformé, méchant produit d’un calcul de flux. A midi vont mieux. Vaque aux tâches administratives. Dans ma boîte un mail de Grégory R. pour aller voir, hier soir, Emmanuelle Béart, qui séjourne à Bucarest pour un festival ; Wikipédia confirme que je la confondais avec Lætitia Casta. […] J. raconte : quand il était en petite section, il était dans un bateau qui avait coulé. Qu’on ne compte pas sur moi pour condamner la mythomanie chronique du petit garçon. Le rapport à la vérité vraie, pour les esprits un tant soit peu plastiques ne peut qu’être conflictuel. Il apparaît très tôt aux enfants que la réalité, comme le reste, se façonne ; qu’elle répond, principalement, aux injonctions du verbe. Comment s’étonner alors, confronté à matière si docile, comme la cire du Babybel, que chacun essaie son petit pouvoir. […] Parti rendre la voiture à Otopeni, rentré en bus. Novembre mais vais rien qu’en chemise. Traversons au ralenti la zone des travaux : ceux du métro à l’arrêt, c’est dimanche ; pour les zones commerciales autour des agents de sécurité, des commerciaux solitaires prenant des photos sur la dalle nue. Le business-center, ici, fonctionnera en drive-in, ultramoderne dit l’affiche, des modules modulables, improve your potential etc ; mais les volumes à peine décaissés commencent à verdir, un ouvrier torse nu tourne des brochettes sur un feu de palettes. Dans le bus une grosse dame regarde un épisode de Joséphine Ange gardien très fort, avec sous-titrage ; sur le téléphone de son voisin une mise-en-scène de mauvais goût montre des Noirs en pagne, un os dans le nez, perplexes devant une bouteille de Coca (ils la hument, la mordillent, finissent par la percer avec un bâton). […] Au parc. Les deux qui ce matin étoilaient de bile leur bas de pantalon se poursuivent comme chien et chat, se battent avec des feuilles mortes. Essaie vainement de lire Musil. Croisons, sur le retour, ce collègue de Saint-Germain-en-Laye qui m’avait raccompagné, avec sa femme et son fils ; mais il n’a pas retenu notre nom, les présentations tournent court. »

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