Journal d'Anton B.

Lundi 20 octobre 2025, 21h54

Avant l’orage. Extrait du Journal au 20 octobre 2025:

« La nuit dernière au Zadar mais il fait froid, n’ai pas vraiment envie de boire et ma propre conversation m’agace, à toujours répéter les mêmes choses. On a, pourtant, la gentillesse de m’écouter. A la maison avant une heure. Levé tôt. Voulais, ce matin, pousser jusqu’au musée des Beaux-Arts mais fermé jusqu’à mercredi. […] Au téléphone, M.C. Donc non, pas cette année. L’initiative ne lui déplaît pas. Later, maybe… L’attaché pour la France, paraît-il, a fait poliment semblant d’avoir entendu parler de mon travail. Ne parviens pas à cerner de quel travail il s’agit. […] La matinée à lire. Puis à mon bureau mais après Musil l’esprit peine à se rassembler. Finis, de guerre lasse, par accorder un regard aux dissertations qu’ai imprudemment relevées vendredi, en expédie quelques-unes. Musil, de nouveau. Vers 16h partons, en métro, pour le parc Tineretului, qu’E. se propose explorer. N’avons jamais poussé si loin au sud. Marchons au bord du lac puis escaladons la colline. La lumière dore en tombant – lumière, plutôt, de cuivre martelée, de cyprès fendu, telle que les cultes orphiques pensaient la retrouver de l’autre côté. Le Parc de la Jeunesse qui fit jadis la fierté du régime offre peu de résistance à l’automne du monde. Des pêcheurs se passent une bouteille de whisky. Un jeune homme fait une démonstration de bilboquet, il y a du matériel, sa copine le filme très sérieusement. Sur le plateau une fête foraine à l’abandon, des attractions attaquées par la mousse ; des placards Gauloises blondes aveuglent les fenêtres du dancing. Des gitanes passent, employées aux espaces verts, avec des balais de bouleau. Sur des échiquiers de béton des vieillards poussent des cavaliers pelés ; jettent, de temps en temps, un regard de l’autre côté des barbelés, sur le cimetière attenant, où tournent des bétonneuses. Le visage d’E. s’est fermé, signe d’angoisse – on sait ce que lui rappellent ces horizons de tours grises, ses foules rentrant les épaules. Tombons en sortant, sur le métro 1, station Héros de la Révolution. […] Une jeune fille, en traversant le boulevard des Aviateurs, ne peut s’empêcher de saluer la file d’autos arrêtées au feu. […] Au dîner les enfants s’essaient à inventer des blagues. Les miennes tombent à plat (« C’est Chirac, Bush et Hassan II… »). […] Une autre enfant, dans la soirée, fait déclencher l’Amber-Alert : Elena D., neuf ans, en gilet rouge et pantalon bleu, 1,40m pour 40kg, s’est enfuie (« a plecat voluntar ») de chez elle, dans le Secteur Deux. »

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