Journal d'Anton B.

Mercredi 15 octobre 2025, 18h57

Frustra ferro diverbere umbras. Extrait du Journal au 15 octobre 2025:

« Réveillé à 6h, l’oreille toujours douloureuse. Laisse partir E. et les enfants. Dans cette prolongation de la nuit que je m’offre indûment – une heure, tout au plus –, toujours des films nets. Ici, c’est N., le directeur fraîchement arrivé de Mayotte, qui répond en roumain un mot impossible, dont l’extraordinaire me fait rouvrir les yeux : mizuméril. Ne connais rien de cet homme mais sa voix très pierre-lesergentesque, le pli nerveux qui lui barre le visage, une gêne évidente dans le costume trop neuf et sa façon de traverser les grands espaces vides accrochent bien la toile du rêve. […] Reçu texte de G., avec une invitation pour samedi. L’imprimerai. […] Maman va chanter dans un hommage à Michel Berger. Un tour sur wikipedia pour me rafraîchir la mémoire – le confonds avec Michel Fugain. Frappé, chaque fois, par le voile jeté sur la génération de mes parents, ses goûts, ses grands hommes ; le Vème siècle athénien paraît infiniment plus proche que leurs eighties. […] La matinée malade, faible. Corrige des travaux d’élèves, faute d’esprit pour travailler vraiment. Me fait couler un bain – la dernière fois il y a dix ou quinze ans. Mais imprudemment monte sur le plateau de Baneasa en vélo, d’où migraines. En redescends une heure plus tard, avec détour par Décathlon pour acheter un nouveau cadenas, le modèle à 200 lei ; mais les caisses automatiques ont bugué, un bail qu’ils n’ont plus de vraies caisses, la panique. La file d’attente de moins en moins polie ; un type en bleu essaie de me passer devant ; un témoin de Jéhovah, les chaussures en angle aiguë, sue à grosses gouttes. La nana avec le macaron Responsable, pas foutue de résoudre le problème, avec une admirable mauvaise foi l’impute à ma carte à moi. Je jette sans rien dire le cadenas dans une benne, sors les mains vides. Temps perdu. Croisé, en rentrant, le convoi de l’ambassade d’Australie, sous forte escorte. […] Les enfants se sont battus dans le bus, ce matin. E., affligée, me fait son rapport en déjeunant. La maîtresse de J. a encore eu matière à s’en plaindre ; quant à S., elle répond. Présidons au goûter, théâtralement, un conseil de famille, qu’ils prennent à la légère, sauf que les décisions : les enfants, ce soir, dîneront seuls, puis pas d’histoire ; ils auront rangé leur chambre ; les legos regagnent leur caisse, la caisse le sommet du frigo, jusqu’à dimanche. Rantantanplan. Cris, pleurs. C’était le but. Au soir, une heure durant, préparé avec S. son contrôle de maths, où elle est faible ; je suis mauvais en pédagogie mais, ma réserve de colère sans doute épuisée, la petite inquiète de me voir assis à la place de sa mère, repassons sagement les tables difficiles. La guerre cette fois n’aura pas lieu. »

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