Journal d'Anton B.

Mercredi 8 octobre 2025, 20h49

Frustra ferro diverbere umbras. Extrait du Journal au 8 octobre 2025:

« Rêvé, sous le déluge qui ne faiblit pas, d’un lieu à moi mais secret, clandestin ; celui-ci sensiblement différent de la simple chambre dont, dans mes rêves toujours, je me crois propriétaire de la clef : plus grand, deux pièces en haut, vides, et la troisième, où suis, donnant sur les zincs du toit qui pendent dans le vide, comme découverte par un effondrement. Un colocataire, Grégoire, mais il est parti en me laissant une quantité invraisemblable de cigarettes de luxe, en papier vert, dans des boîtes de munitions. Ce n’est pas à Tours, comme d’habitude, mais dans une ville fluviale suisse – Bâle ? […] De la conversation avec A. dans sa voiture, hier, le souvenir désagréable. Un homme à l’œil intelligent mais taciturne et, de surcroît, préoccupé par l’appel de sa femme. J’ai meublé, moi, de la plus stupide façon : ragots sur les uns et les autres, fierté bête, évolutions dans la carrière. Mensonges de moins en moins discrets pour les besoins de ma démonstration. Contradictions flagrantes. Un fonctionnaire aigri. J’aurais préféré l’interrogé sur Villennes-sur-Seine, où il habite, qui fut le premier poste de ma mère. Mais la pente était telle. […] La matinée à mon bureau, à repasser la Vie de Françoise Villain, que j’espère faire partir cette semaine. Les enfants assez calmes, Elsa les emmène au pain où ils achètent toute la boutique. A midi les hamburgers. A 16h au café sous la galerie pour discuter de la traduction de Non-Conforme avec Anna B., que l’entreprise ne semble pas effrayer, quoique Christophe l’ait présentée sans fard. L’endroit presque désert, apocalyptique. Clément, malade, s’est dédit. La pluie diluvienne fait tomber sous les arcades une nuit prématurée, spectacle qui nous arrache parfois à la conversation. Raccompagné Ch. chez lui ; son appartement donne sur un hôtel de luxe, aux fenêtres que coupent – je les guette, en tout cas – des femmes en peignoir. La piscine vide, mais du spa s’élèvent des méduses de vapeur. La nuit, dit Ch., c’est un Rotko. […] Rentré pour dîner, à l’aveugle, presque dangereusement. Ne ressortirai plus. M’excuse auprès de M. Le reste des asperges, le pain à l’huile. E. a préparé de la salade juive et des yaourts au chocolat. Aperçois, dans un éclair, le jour où personne ne me préparera plus de salade juive ni de yaourt au chocolat ; les mange avec un frisson froid. »


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