Journal d'Anton B.

Samedi 4 octobre 2025, dans la nuit

Frustra ferro diverbere umbras. Extrait du Journal au 4 octobre 2025:

« Resté chez moi hier soir – les routes inondées, les chutes de branches, la force aussi qui manque après deux nuits de quatre heures chacune. J. prédit la naissance de mon neveu pour dans trois jours. Écouté, sur Youtube, le dernier discours de Ceaucescu, sur la place où vais boire innocemment mon café quatre jours par semaine ; les dérisoires appels au calme, la caméra désaxée mais le micro tourne toujours, les annonces tardives (le salaire minimum porté de 2000 à 2200 lei), la foule gronde toujours, la prise de bec avec Héléna, « Vas-y, dis-leur quelque chose ! ». Tout un monde s’écroule entre deux phrases ; sur leurs épaules, d’avance le poids de la bâche. Message de Moustafa, dont les médecins s’étonnant qu’après dix semaines seulement le corps ait comme magiquement récupéré – mais je le soupçonne d’écrire cela pour me rassurer ; de Florian G. sur le portable de sa femme ; et d’Aurélie. Un mot, enfin, de Julien H. Levé bien après huit heures. Joué au légo avec les petits. […] Reçu de Reus, quel plaisir, de Sylvain une longue lettre très serrée. « Les trois A du mot catalan : pas de fine bouche ici. » Nombreux extraits de son Journal. De Marine L. rien : partie deux ans avant son arrivée. […] « Le chocolat a beaucoup augmenté. » E. se justifie : en Lettonie elle n’achetait pas la tablette de Milka au dessus d’un euro, ici c’est 12 lei. Rien de ménager dans pareilles inquiétudes mais la guerre, au contraire, si proche et dont cherchons les signes partout. […] Au soir chez Élisabeth et Vlad. Sont déjà là les V. et les L. Les enfants aussitôt de s’enfermer dans les chambres, d’où ne ressortiront que pour ravitailler. La conversation se disperse, tous ont vécu partout, et buvons beaucoup ; prend un tour assez sombre au moment de comment se procurer des pilules d’iode, si radiations. Les stocks en baisse de nouveau. Le mari de S., qui n’a pas bu un verre, en a commandé par sa boîte ; un baroudeur, Guyane-Comores-Europe de l’Est, le BTP, un type intéressant et je le plaisante : Faut pas le dire, on va tous venir chez toi. Lui : J’ai des armes et vous le savez. Espérez qu’il fasse nuit. L’habitude de l’autorité lui durcit les traits. Sa femme, très jolie, lui tape dans le genou. Blanc. Sur le retour, à pied, J. veut que l’interroge sur les « légendes », qu’il connaît toutes : m’explique, sur deux kilomètres, la construction des pyramides, la disparition des ninjas, la fondation de la Bulgarie où partons en vacances, l’origine des langues, les extraterrestres, Jésus etc. Les explications tiennent, à proprement parler, en une seule : une météorite a frappé la Terre il y a longtemps, cause de tout ça. Ce petit garçon si volubile fait se retourner les passants. Sa sœur corrige : Jésus, il est mort sur la croix. Entendu où ? Ses copines, à l’école, lui ont montré leur cahier de catéchisme. »

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