
Frustra ferro diverbere umbras. Extrait du Journal au 3 octobre 2025:
« Déluge toute la nuit. Le vent, quand me lève à six heures, fait vibrer la masse de l’immeuble, à la pointe du bloc. Emmène les enfants en taxi ; le chauffeur, dans la ville congestionnée, jure entre ses dents en anglais : People are crazy, puis Where are you from ? […] La journée à Anna-de-N. mais j’ai épuisé mes forces de travail, je bois des cafés, discute avec les uns et les autres. La pluie cingle les vitres. A., qui nous rejoints de Katmandou, très nerveuse, s’enferme dans le travail, n’a pas encore découvert la ville. De Julien H. toujours aucune nouvelle. C. a donné sa démission, ne l’a annoncé qu’à ceux qu’elle apprécie, aussi suis censé l’ignorer mais le directeur doit trouver à assurer son remplacement, il vient me voir vers dix heures pour tâter le terrain. Rentré avec la navette jusqu’à Charles-de-Gaulle, puis le métro ; les enfants, qui se sont glissés sous la barrière, font demi-tour au moment que la machine refuse mon ticket mais une seconde les ai perdus de vue, le souffle coupé, le cri. Tant de vent qu’on peine à traverser les rues. E. nous a préparé des crêpes. […] Ai crié injustement sur quelqu’un ce matin : Tu vas fermer ta gueule, oui ? Y repense ce soir. […] Feuilleté, un bail que pas, le De rerum natura. Émerveillé. Le passage sur la pluralité des mondes. L’abîme. Comprends Hugo – retrouve, sur Gallica, un de ses crobards, un profil vomissant de l’encre, Lucrèce songe. Combien je regrette, ce soir, que ma bibliothèque n’ait pas franchi la frontière, l’an dernier ; de vivre dans cette cité-dortoir sans vrai livre, sans rien pouvoir consulter, ce soir, de ce qui me travaille ; semblable, en fait, à ceux que je méprise. […] Le ventre, le couteau. L’innocence des enfants ne peut les empêcher, à peine la phrase les mentionne tous les deux, d’imaginer à haute voix ce que ça donnerait si l’un dans l’autre. Les entends en discuter au fond de la navette, en rire. […] De la longue conversation de la nuit dernière, au Zadar, assis sur les premières marches de l’escalier, l’impression désagréable que les mots se présentaient trop facilement : pas tant une conversation, donc, que le show habituel. Mais la musique était forte, le mouvement, les cris des filles et minime la place laissée à l’hésitation, à la contradiction d’une phrase sur l’autre, au bafouillement qui est la marque de la parole vraie. Fuir les bars. Changer. »
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