Journal d'Anton B.

Mardi 30 septembre 2025, 21h14

Frustra ferro diverbere umbras. Extrait du Journal au 30 septembre 2025:

« Attendons le bébé de Laurane. Les rêves, toujours un peu indiens en ces temps intervallaires, de convoquer les ancêtres : cette nuit, c’est au chevet de P. Roland que nous nous rendons mais, retournement, à peine ma grand-mère a franchi le seuil de la chambre d’hôpital (en réalité l’internat d’un lycée de Chartres) que l’inversion a lieu : il guérit, elle y meurt. Dans la rue, où me suis réfugié, un plaisantin qui travaillait sur un échafaudage me badigeonne le visage de goudron. Me réveille, par ricochet, avec cette pensée : qu’Hélène, ma grand-mère, personne ne l’a jamais vraiment désirée. Elle est née de la maîtresse de son père, une petite ouvrière, morte à 24 ans ; fourrée chez son grand-père pendant la guerre, à peine si on la nourrissait, elle volait le lait des vaches. Sa marâtre l’a dépouillée et chassée. Alsacienne, donc de trop partout, et l’accent. A Bailly ses noces avec Roland n’arrangeaient personne, on n’a pas manqué de le lui faire sentir (sa belle-mère, sa belle-sœur, etc.) Une vieille dame aujourd’hui dans son crépuscule, qu’entourons, de trop loin, de pensées tendres et inutiles. […] « La flotte d’ordinateurs est opérationnelle. » […] Observé, en passant devant le gymnase, des adolescentes s’entraîner au pistolet ; s’étonnant, on déduit à travers la vitre, surtout du poids de l’arme. De l’air comprimé, des cibles minuscules, à trois mètres. La monitrice leur coupe sans cesse la ligne de mire, au mépris des règles. Trois garçons, derrière, regardent avec inquiétude. […] X. s’avance vers moi : « Joie ». Regard de feu. Une seconde à penser qu’il va m’en coller une. […] Dans le blabla de X. tout-à-coup sa maison. Toujours touché, chez les plus abrutis, par ce mot qui soudain les innocente. Un mur tombe. Se regarder dans le miroir de l’autre. Nous aussi, nous avons eu une maison. […] « Les mondes sociaux heurtent leurs équateurs. » Hugo racinant pour les Surréalistes. […] Rentré seul, et tard. La navette n’est pas passée, me rabats sur le bus, qui tarde à son tour, surgit bondé, sueur lourde, foule aux handicaps divers, qui rit fort et passe de la musique. Puis à Presei où passent des bus sans numéro, comme dans un rêve, il faut héler le chauffeur, le chauffeur répond entre ses dents, inaudible. La semelle droite trouée, une pièce de cinq francs ; ne peux envisager de rentrer à pied. Patiente dans le vent, roulé dans mon manteau, à regarder le visage des femmes comme un cinglé – remarqué, d’ailleurs, un nouveau type de visage, les lèvres fendues vers le haut, comme un bec-de-lièvre opéré dans l’enfance, ce mouvement ascendant élevant les pommettes puis le front blanc, plus trop humain mais sur lequel, pour donner le change, on a peint des sourcils avec un pinceau mono-poil. Ai jadis connu une fille comme ça à qui, par manque d’expérience, je prêtais une beauté spéciale. A la maison à 19h. […] Attendant les ouvriers du forage, un vieux bus en livrée du département de l’Hérault. […] Clément intéressé par la traduction de Non-Conforme, Anna B. itou. »

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