
Frustra ferro diverbere umbras. Extrait du Journal au 29 septembre 2025:
« Emmené E. et les enfants sous la pluie diluvienne. La DN1 congestionnée. Matinée dans le petit bureau de la bibliothèque. Ramassé X., qui, dans un coin, retenait ses larmes : une affaire de cœur. Ne sais que dire à cet homme, d’ordinaire si peu disert, qui prend sur lui pour se confier. Lui touche l’épaule, bredouille quelque chose. Le courant de la vie. Expliqué Tite Live trois heures durant devant la brillante petite H., ma seule élève cette année en Terminale. Rentré péniblement, avec Julien B. et sa fille : une navette puis le métro (de Charles-de-Gaulle à Victoriei) puis à pied. Elsa a préparé de la soupe à l’oignon, de la citrouille rôtie, une marinade de poulet à la sauge, l’odeur sur le perron, bref moment de bonheur. Me verse un fond de villageoise, échangeons les cancans d’Anna-de-la-Nouille. La pluie toujours. E. se plaint de n’avoir pas eu le temps de mettre de l’anti-moisissure au plafond. […] Fait l’expérience, hier soir, d’une nuit de huit heures. Aucun bienfait particulier. Pareil pour le tabac. Pareil pour l’alcool. […] Ouvrant au hasard un Jean-Paul Dubois : l’asbestose. Lycéen, quand j’ouvrais au hasard le gaffiot, toujours mon doigt tombait sur l’énigmatique Asbeston. […] J., au moment que j’écris ces lignes, en crise dans le couloir : il veut lire son Tintin mais il est tard et il n’avait qu’à se dépêcher. La maîtresse nous avait déjà signalé des problèmes. Finis par l’enfermer dans sa chambre, en bloquant la poignée avec un gilet jaune. Forçons, négocions. […] Compris pourquoi n’arrive pas à donner l’âge des gens : c’est qu’ils vieillissent sur une tout autre échelle que moi, les signes redistribués dans le désordre. Des vieillards de trente ans, des adolescents de cinquante. On dirait la fin d’une prophétie. […] Les smaraldes. […] Fonction du langage : corriger l’étroitesse des corps, dont le champ modérément élastique n’a pas su suivre l’expansion naturelle du monde. Chaque mot procède d’un désir de sauter au dessus de cette barrière, d’une infirmité soudain intolérable, d’une faiblesse du bras qui n’aurait pas besoin de nommer ce qu’il pourrait saisir par lui-même – et, de là, d’un remords. Pensé à ça en écoutant X. et Y. converser en anglais, langue de tous les à-peu-près, assez ingénieuse dans l’art de faire craquer ses chevilles grammaticales mais de vrai concept zéro : langue, en réalité, qui me fit toujours l’effet d’un effondrement du visage sur lui-même, dans un bruit mou de molle pensée. […] Le sucre de canne, à table, importé d’un mystérieux Eswatini. Débattons brièvement, E. très drôle mais mon intuition plus exacte : l’ancien Swaziland, son nom récemment changé. Pas un intuition, non, mais où l’avais-je lu ? Et comment l’avais-je oublié ? Quelle merveille si, à la Borgès, internet interrogé sur ce pays inconnu était resté coi. »
Laisser un commentaire