
Frustra ferro diverbere umbras. Extrait du Journal au 27 septembre 2025:
« Quoique mon fils ait suspendu ses attrape-rêve aux quatre coins du lit, un rêve : suis à Bailly, devant la maison, avec des amis inidentifiables sauf Victor, celui de Ioana. Se présente une grosse fille blonde à frisettes, c’est Maud Roggeband mais elle a changé et de nom et de prénom ; puis la mère Girard qui, ça fait beaucoup rire, porte une moustache postiche. Il y a une tonalité érotique mais suis incapable, ce matin, de retrouver pourquoi ; me souviens, très bien, en revanche, d’un sac Carrefour avec deux classeurs remplis de copies doubles Séyès neuves – accompagnant un objet extraordinaire qui faisait sans doute le sel de l’anecdote mais, pareil, quel objet, sais plus. […] E. a acheté à S. une valise à roulettes, pour la classe verte à Buzau. Bonheur de la petite fille. Elle dort avec. […] La soirée dans un café derrière Amzei, où rejoins sur le tard Mathieu et Christophe. Bogdan, le peintre, qui passait par hasard à la librairie, raconte son enfance près du combinat de Galati, les enfants noyés dans le bassin de refroidissement, les prisonniers, la violence – et l’extrême douceur des gens de Nantes, où il passa dix jours, qu’il prit d’abord pour de l’hypocrisie. Deux filles s’arrêtent pour lui dire qu’il ressemble à une chanson de Dépêche Mode. La patronne s’embrouille avec les gros types de la table de derrière, leur fait le doigt d’honneur mais elle s’explique : l’un d’entre eux est son mari. Vers minuit poussons M. et moi, au Londo où trouvons Grégory, Sarah, Victor ; le bar est fermé mais M., avec son numéro de boy-scout, parvient à nous faire servir de petits verres de tequila. Ces alcools de cinéma, avec leur cérémonial compliqué (le sel sur le pouce, le citron mordu) ont l’heureuse vertu de me faire dessoûler. Discussion cette fois assez grave, les échéances de la vie, les hommes de Lettres sur lesquels la dure Nécessité s’essaie les dents. A la maison à deux heures. […] Achève, ce matin, ma relecture des Atrides. Suis depuis 8h30 au café sous la galerie, il n’ouvre qu’à dix heures mais la femme de ménage me propose d’elle-même un café. Le point final. Le ministre roumain (de la culture, je crois, ou du social ou la défense), en sortant de la messe, m’avise, me serre la main mais ne me souviens plus de son nom, pas le même que son fils. Ch. me rejoint vers 11h30. Jette un œil aux corrections de Maud. Bavardons de Non-conforme, qui suit sa route ; de la postérité, dont il n’a cure ; du travail d’éditeur, dont m’acquitte souvent bénévolement, ce qui le fait bien marrer. […] Noté, en passant en taxi, que face à la ligne de pompes funèbres décaties de la Gare du Nord, l’ironie a fait bâtir une Clinique de fertilité. […] Ai fait faire du vélo à J. dans le parc. Merveilleux moment. Puis sur un banc devant les jeux, où feuillette un livre. Mais le petit, sans sa sœur, ne se mêle pas, il regarde les autres, se love contre moi. […] Excellent Caligula, au soir, au Teatrul Nou. Une quinzaine m’ont rejoint, enthousiastes également. Si excellent que ça ? Faudra voir demain. Juger d’une pièce en en sortant, c’est un peu comme faire les courses avant d’avoir mangé : tout ce qu’on voit semble sans prix. Rentré en métro, à la maison à 23h. Restait du riz, du jambon. E. ne dort pas, raconte : les petits, de nouveau, ont été odieux. »
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