Journal d'Anton B.

Vendredi 26 septembre 2025, 18h57

Frustra ferro diverbere umbras. Extrait du Journal au 26 septembre 2025:

« Aime entendre, dans les cuisines d’à côté – ou de plus loin encore, quelle résistance les murs pourraient opposer ? – la note de tuba du robinet d’eau chaude grand ouvert. Il y a, à six heures du matin, d’autres vivants, leurs questions, leurs goûts du café brûlé/pas brûlé/à peine brûlé etc. Un des rares moments où il ne me déplaît pas d’habiter cette barre d’immeuble ; presque autant que quand la voisine nous apporte des fruits. […] Z. : les Roumi, dans le Coran, sont les Russes, les Russes les sauveurs des chrétiens donc de l’occident. Etc. Même J.H., pourtant pas ennemi des polémiques, lui répond un ton plus bas, avec la politesse qu’on réserve aux fous. Les autres tournent discrètement leur chaise. A fuir. […] Crise spectaculaire de J., que je dois traîner en classe par contrainte physique. Remplit les couloirs de cris, se roule au sol ; s’échappe à peine je desserre ma prise. Quelle raison. Condamnation muette du père violent par les femmes de ménage. Anne-Cécile, la maîtresse, prend le relais, ce qui est incroyablement courageux de sa part et lui vaut sa place dans ce Journal. […] Mes explications, peu claires, peinent à me conserver l’attention de la salle ; d’où brouhaha, d’où explications moins claires encore. Toujours le même problème : le métier qu’ai choisi pour nourrir les miens, suis incapable de le définir concrètement. Si, au moins, un savoir-faire; mais rien. Le vernis de compétences quelconques. S’étrangler le borgne. Gonfler des baudruches. Il n’existe pas de science de la littérature ; et l’extrême acuité des choses, le dense, le vrai tel que que le plus médiocre écrivain le rencontre dans l’acte d’écrire ne trouve rien de comparable dans le commentaire qu’en tirent, pour majorer à Normale, les plus brillants tâcherons. L’école tombeau de l’esprit. Aurais dû faire chauffeur routier. […] Se passe je-ne-sais-quoi dans le hall. Défilent les ambassadeurs. Bordel inimaginable. […] Rentrée pénible. Laisse passer tous les bus, dans l’espoir du 203, le direct ; S., qui comprend mal mon aversion, se rebelle sur le trottoir mais la DN1 est bondée, nous ne nous entendons pas ; et l’air si saturé de particules qu’on ne peut crier sans tousser. Une heure et demi pour atteindre la maison. E. nous attendait dans le parc, inquiète. Leur paie des éclairs chez Constance, et des tartes au citron. Rien ne va. »

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