Journal d'Anton B.

Jeudi 25 septembre 2025, 22h02

Frustra ferro diverbere umbras. Extrait du Journal au 25 septembre 2025:

« Attrapant au hasard un romancier roumain sur le bureau d’E., quelle n’est pas ma surprise de découvrir le tampon d’un désherbage du Conseil Général du Finistère, Levroueg Penn ar Bed. […] Le bus, ce matin, bondé, à mourir. On se fait des promesses à soi-même, mais surtout quel miroir. Dois m’asseoir dans l’herbe à la fontaine Mioriţa. Échec de ma vie ; pourtant, j’avais tout bien fait. […] On a fini par apprendre que je remplaçais Sylvain à la cinémathèque. Les plaisanteries vont bon train, de la part de ceux qui connaissent mon lien avec S. et des autres, qui mesurent, pour un ignorant du Septième Art comme moi, l’ampleur de l’usurpation. Julien H., se matin, particulièrement incisif. Se lance, avec érudition c’est vrai, dans le cinéma pakistanais, puis tamoul. […] Aux toilettes, croisé X. qui se moque de ma veste, un peu usée. J’ai abandonné la cravate, pour ma défense, il y a deux ans, d’où le relâchement. Lui, c’est la cocaïne dont il s’abstient désormais. Plaisante-t-il ? Sonde en vain son regard. […] Revu le chat devant l’ambassade de Nord-Corée : la mort lui courbe la colonne, la tête penche en arrière, la queue etc, bientôt un rond de serviette. Lu quelque part, il y a longtemps, que les morts pour les allonger droit, fallait d’abord leur scier le coccyx. Un mot pour cette douleur-là. […] Tapé les corrections comme un dingue. M’en débarrasser à tout prix. Correspond, par chance, à une vague de calme dans la bibliothèque, dans le petit bureau dont personne, trois heures durant, de poussera la porte. […] X, pour l’anniversaire de J.H., préférerait faire ça chez lui, à Jolie-Ville. M’en étonne. Il s’explique : l’ivresse, ainsi, nous coûtera moins cher. Et suis peiné de voir cet homme sur-diplômé, d’une érudition époustouflante, réduit par la situation à compter ses bières. Combien peu de marches m’en séparent, à mon tour. […] Convoqué au soir à je-ne-sais-quoi ; mais me suis levé à six heures et, au dîner, E. a prévu de cuisiner des gnocchis, du pesto. Amusant qu’on me le reprochât demain. Dans ma vie déjà perdu trop de temps.  »

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