Journal d'Anton B.

Mercredi 24 septembre 2025, 21h23

Frustra ferro diverbere umbras. Extrait du Journal au 24 septembre 2025:

« Retrouvé, dans le drive d’E., des photos d’inconnus, en deux lots. Dans le premier, des jeunes filles d’une douzaine d’années prenant le petit-déjeuner au bord d’un lac, je finis par reconnaître la malheureuse Charlotte Sch. qui valut, brandi par les deux parents dans leur divorce sanglant, il y a deux ans une éphémère actualité à ce Journal. Le second, en revanche, résiste à nos enquêtes : deux films très brefs d’un nouveau-né, l’un tout seul, le second dans les bras d’un garçon de dix ans. On entend quelque part le commentaire d’un match de Saint-Étienne ; le jeune garçon parle français mais, à la fin, glisse un mot inconnu. Les films sont sur le drive depuis 2019. E. les supprime avant qu’ai pu me les repasser. […] Amené les petits au bus, J. sur les épaules ; reviens seul. Les balayeuses au travail dans les allées du Kiseleff, de grands balais de frêne vert tout frais, les seins trop lourds ballant d’un côté puis de l’autre ; mais s’engueulent, pas possible, ce que c’est que s’engueuler : Nu stiu !, socratisant de plus en plus fort, bientôt plus que ces mots-là, Je ne sais pas ! qu’on serait tenté de donner, dans cette éphémère allégorie de l’humanité, pour devise aux sapiens sapiens. […] Reçu texte de M., moins mauvais que les autres. Mais les ajouts qu’elle post-scripte sur whatsapp retombent dans les travers habituels : des phrases à tatouer. […] Arrivé à 8h30 au café de la galerie, dont tables ni chaises ne sont rentrées. Le patron, une heure plus tard, en ouvrant me salue, m’offre le café. Il passe quelque chose en français, puis – mon cœur s’arrête – Victor Tsoï. S’ensuit, hélas, Like a virgin puis On m’appelle Lolita. […] Rien qu’une heure au lycée mais m’y présente presque en retard : la caissière, pour les tickets de bus, comme stupide, regarde les clients sans rien faire, sans répondre, les yeux incroyablement vitreux ; tant qu’on finit par s’attrouper, curiosité malsaine des foules. Laisse tomber. En rentrant, passe au kiosque de Presei : un homme cette fois, en tenue de pompier (?), à peine plus rapide, et je n’entends pas un mot. […] Elsa toujours inquiète de voir voleter dans les placards : Tu l’as mis à congeler, ton pull ? Mites et légendes. […] Ai sèchement renvoyé Z. à ses bondieuseries, à ses complots, son Agenda etc. Sa réponse a le don de m’énerver davantage : Tu devrais lire ceci ou cela. L’idiote. […] Au parc. Les enfants odieux, il n’y aura pas de glace. Les chassons pour bavarder. Puis E. s’en va aux courses et S., cherchant le pardon au moins de son père, se glisse sur mes genoux, attrape mon livre et lit, à haute voix et magnifiquement, les poèmes de Tudor Arghezi pleins de mots inconnus, l’âme, le cénotaphe, Dieu, l’abîme etc. Beau mais un peu triste, commente-elle. »

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