Journal d'Anton B.

Samedi 20 septembre 2025, 19h21

Frustra ferro diverbere umbras. Extrait du Journal au 19 septembre 2025:

« Les L.-G. passent au matin, déposent leur fille, Philomène : ils vont visiter l’ambassade avec Elsa. La petite très débrouillarde mais J. a du mal à prêter ses jouets, faut sans cesse le reprendre. Les fais déjeuner entre eux : du poulet, des pommes de terre au four ; E. a préparé des yaourts au chocolat et du flanc coco. Les grands de retour vers 14h, déjeunons à notre tour, un peu joyeux de manger si tard, pied-de-nez aux bonnes habitudes. Muscat roumain. Puis glaces au parc. […] Dans la vitrine de chez Constant, une femme montre à la serveuse des colliers de perles vertes. La serveuse s’enthousiasme, en oublie ses clients. Il ne me semble pas pour autant qu’on lui en fasse le reproche : une amie de la patronne ? […] Mes parents au tel. Ma mère, c’est amusant, toujours inquiète de perdre la mémoire mais E. me reprend : paraît que je tiens, pour moi-même, le même discours. Le mal qui frappa mon grand-père a marqué. […] Elsa revient de l’ambassade, la guide excellente, d’où quelques anecdotes : le Grigorescu qui lui a tapé dans l’œil, un Char au foin, a été jeté au dessus du mur de l’enclave à la fin de la guerre, par qui on ne sait pas, quelqu’un sans doute qui espérait sauver le tableau. Restauré à grands frais, un chef d’œuvre. Le pleyel est un des deux dans son genre dans tous le pays. La légation conserve, depuis la guerre également, la bibliothèque personnelle de l’ambassadeur du royaume de Yougoslavie, qui l’avait déposée avant la catastrophe, ouvrages plein d’intérêt peut-être, que l’histoire a oubliés là. Les assiettes ont plus de cent ans ; les morceaux, quand on en casse, repartent à Sèvres pour réutiliser l’or. L’ambassadeur déjeune en haut, avec les livres. […] Défilé, sur Kiseleff, de food-truck plus ou moins marketés, avec rampes à flash et boum-boums. La queue, en particulier, devant celui de la marque Vaseline, où les participants contre une adresse e-mail voient leur nom tiré au sort sur une roue numérique par deux nanas ; on leur remet, à un sur cinq environ, une petite boîte de produit. […] La nuit dernière : deux livreurs, l’un pour Bolt (un Noir), l’autre pour Ubereat (un Pakistanais) se rencontrent dans la rue, se prennent dans les bras, se serrent longtemps, très émus. Celui que je peux voir de face (le Noir) pleure. […] Le patois de Mantes : arlans, bardée, la doutance et, surtout, l’élégant verbe duire. Intérêt complètement artificiel : jamais entendu aucun de ces mots-là dans la bouche de mon père ni de son père à lui. »

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